Mathématiques: pourquoi faire compliqué?

Alors que l’on peut très bien rendre les choses plus faciles. Par exemple avec ce théorème qui en résume deux:

« Tout corps plongé dans l’eau reçoit une poussée de bas vers le haut, égale à la somme des carrés des deux autres cotés »

Rien à voir

UN MESSAGE D’ESPOIR
Il y a quelques années, des médecins ont réussi une greffe du visage. Plus récemment, des chirurgiens ont pratiqué aux Etats-Unis la première greffe complète du pénis. Le rapprochement possible de ces deux équipes suscite une vague d’espoir chez les éléphants.

Du rock, de la chair et un fauteuil

La diversité est au menu de l’émission animée par Bruno de Stabenrath sur Numéro 23

Par Olivier Zilbertin

Cela parle des autres, mais les mots pourraient avoir été écrits pour lui. « Autour d’un repas préparé par un grand chef, mon invité va se livrer sans détour et nous raconter l’aventure d’une vie où se côtoient les défis, les failles, mais aussi la chance et le dépassement de soi. »

Dans le petit appartement parisien perché au sixième étage, où se tourne l’émission « Rocking Chair », le silence a parfois du mal à se faire. Mais la voix du présentateur Bruno de Stabenrath vibre, et les paroles rebondissent sur les murs du salon. L’aventure d’une vie, les défis, les failles, le dépassement de soi… Comme un raccourci de sa propre existence, en somme, et l’on suppose que les énoncés trouvent en son for intérieur une autre caisse de résonance, une autre corde sensible.

L’animateur sait en tout cas ce que les anfractuosités de la vie peuvent réserver. L’ancien jeune premier du cinéma français – on a pu le voir dans L’Argent de poche, de Truffaut, L’Hôtel de la plage ou encore Mesrine -, l’ancien rockeur, chanteur et jet-setteur est devenu tétraplégique en 1996 à la suite d’un accident de voiture. Il avait 36 ans.

Dans Cavalcade, roman autobiographique paru en 2001 (Robert Laffont), le jeune homme racontait son histoire, son destin brisé, les épreuves, les années de souffrance pour se reconstruire, pour croire en un autre chemin. Les absences, les oublis, les rebonds et la vie qui triomphe malgré tout. D’autres livres suivront : Le Châtiment de Narcisse (Pocket, 2005), Je n’ai pas de rôle pour vous (Robert Laffont, 2011) ou encore le Dictionnaire des destins brisés du rock (Scali, 2004). Du rock, de la chair et un fauteuil : Bruno de Stabenrath aurait fait un très bon invité pour « Rocking Chair ».

Confessions autour d’une table

Oui, mais voilà : c’est lui qui anime, et ce sont les autres qui parlent. Vingt-six minutes de confessions autour d’une table et d’un repas – préparé par Julien Burbaud, candidat en 2012 à « Top Chef » et au piano du restaurant 1K – diffusées le dimanche à 12 h 30, sur Numéro 23, la chaîne « de toutes les diversités », une des six chaînes de la TNT HD apparues il y a deux ans. Le musicien Ibrahim Maalouf, les chanteurs Marc Lavoine et Princesse Erika, l’économiste franco-béninois Lionel Zinsou (diffusion le 16 novembre), l’acteur Noom Diawara (le 23), Passi (le 30) ou encore Frédéric Zeitoun (le 3 décembre, à l’occasion de la Journée internationale des personnes handicapées) ont déjà gravi les six étages de l’immeuble parisien pour sonner à sa porte.

Toutes les deux semaines, l’équipe de tournage d’Eric Morillot Productions s’empare ainsi des lieux devenus, du coup, exigus. Rails, appareils photo, câbles, mouvements en cuisine et dans la chambre n’empêchent cependant pas les invités de se confier. Et chacun de parler de son rapport à la diversité. Marc Lavoine de son engagement auprès des enfants autistes à travers l’association et le journal Le Papotin. Ou Frédéric Zeitoun de la reprise au Théâtre Hébertot de L’Histoire enchantée du petit juif à roulettes, de « la différence et du regard des autres sur la différence ».

Une première en France

Bruno de Stabenrath écoute, relance d’un mot ou d’un signe de tête, d’un sourire ou d’une interrogation. Dans la vie, il lui faut souvent de l’aide pour avancer. A table, il faut lui couper sa viande. Mais dans « Rocking Chair », c’est lui qui assiste l’autre dans cette singulière marche vers la confidence, c’est lui, en quelque sorte, qui pousse le fauteuil.

« Il a beaucoup d’empathie, de générosité, témoigne Nathalie Drouaire, directrice des programmes de Numéro 23. Il s’intéresse vraiment à l’autre et a énormément de présence à l’écran. »

« Il est rassurant et arrive à instaurer un climat de confiance propice à la confidence », précise Eric Morillot, le producteur de l’émission.

Les deux hommes s’étaient rencontrés en 2008 sur le tournage de « Ensemble pour la diversité » pour TF1, programmes courts contre la discrimination diffusés à l’occasion de l’Euro de football. « Le handicap est une diversité qu’on ne montre pas à la télévision », regrette Bruno de Stabenrath. « Lui n’a pas de réticence à parler de son état. Au contraire, il le fait toujours avec beaucoup d’humour et de distance, note le producteur. Je suis très heureux d’être l’un des tout premiers à avoir confié l’animation complète d’une émission à un présentateur en fauteuil roulant. » Une première en France et sans doute en Europe. Avant tout, une histoire de dépassement de soi. (article publié dans Le Monde daté du 17 novembre 2014)

Cela laisse des traces

Si vous utilisez un service Google sur votre portable et que vous avez choisi la géolocalisation, vous savez peut-être déjà que vous êtes suivis à la trace. Mais pour bien comprendre ce que cela signifie concrètement, je vous invite à vous rendre à l’adresse suivante: https://maps.google.com/locationhistoryt. Si vous ne l’avez jamais fait, cela risque de sérieusement vous surprendre. Sur une carte Google, vous pouvez voir l’ « historique de vos positions », soit l’ensemble de vos déplacements, pas à pas, minute après minute, jour après jour et plus. Je vous laisse découvrir toutes les options d’affichages et de paramétrage de ce tableau de bord pas comme les autres, comme par exemple la possibilité de n’afficher que les positions du jour, de deux jours, d’une semaine etc… Toutes ces données sont stockées et consultables au moins deux ans: personnellement j’ai en effet pu remonter jusqu’au mercredi 7 novembre 2012.

Sans aller jusque là, j’ai pu par exemple retracer le parcours de la nuit du 1er au 2 novembre dernier:

Nuit du 1 novembre

On y voit parfaitement les traces de l’accident:

Position2

Il y a 16 ans, le premier des mots de minuit

Le 8 septembre 1999 -bon anniversaire- était diffusé le premier « Des mots de minuit ». Invités du premier n°: Sandrine Bonnaire et l’écrivain portugais Antonio Lobo Antunes. Arrêté en 2013, le magazine culturel de Philippe Lefait est depuis un an de retour sur la plate-forme Culturebox. 

C’est l’histoire d’une plongée sans palier de décompression. Sans sas. Sans période d’essai. L’histoire d’un passage précipité d’une époque à une autre, où il faut laisser tout derrière soi et tout recommencer. Etre une émission de télé avec ses habitudes et son territoire balisé, ses horaires, son nom inscrit dans les grilles, ses fidèles, ses retards, son histoire et son rythme. Et se réveiller un jour sur le Web, sans transition ou presque, immergé dans l’immensité numérique où tout est chamboulé, où le temps et l’espace coutumiers du petit écran sont soudain obsolètes, où rien n’est plus comme avant. Pas de début, pas de fin, pas de créneau, pas d’antenne, repères et codes sens dessus dessous. Le choc peut être rude.

Il faudra bien s’y faire de toute façon, mais cette histoire-là ne manque pas d’un brin d’ironie : le grand saut dans l’inconnu, la métamorphose éclair est d’abord un sauvetage. En juin 2013, après 499 épisodes hebdomadaires, et une vingtaine de printemps au compteur, l’émission culturelle de France 2 « Des Mots de minuit » (DMDM) est priée de baisser le rideau. Motif : trop chère, selon la direction de la chaîne.

L’horloge aurait donc pu s’arrêter là, la petite aiguille bloquée sur le 26 juin 2013, date de la dernière. L’aiguille bloquée aussi sur l’amertume de Philippe Lefait, le présentateur de l’émission depuis treize ans, de constater le peu d’estime de la télé pour la culture. Reléguée au beau milieu de la nuit, souvent retardée, rarement diffusée deux fois de suite au même horaire, DMDM n’était-elle pas devenue une simple variable d’ajustement pour la direction des programmes ? « On s’est en tout cas débarrassé de nous de manière très cavalière », regrette aujourd’hui le présentateur.

Pas pour très longtemps : un an plus tard, l’émission effectue en effet un inédit come-back. Rattrapée par la manche, en quelque sorte, par Bruno Patino, le patron du numérique, « Les Mots de minuit » débarquent sur Culturebox (http://culturebox.francetvinfo.fr). La plate-forme Web culturelle de France Télévisions cherche à étoffer et diversifier son contenu, elle se cherche encore des identités fortes et veut se faire un nom. Elle offre une deuxième vie aux « Mots de minuit » qui déposent en échange dans la corbeille leur bonne réputation et le visage familier de l’ancien présentateur du JT d’Antenne 2. A 60 ans, dont plus de trente ans de service public, c’est aussi un nouveau défi pour Philippe Lefait.

L’HOMME PRÉFÈRE TOUJOURS LE PAPIER ET LE SURLIGNAGE, LES CHEMISES CARTONNÉES ET LES PETITES NOTES MANUSCRITES

« Le numérique, ce n’était vraiment pas ma culture », admet-il. Il a fallu s’y mettre. Sans se renier. L’homme préfère toujours le papier et le surlignage, les chemises cartonnées et les petites notes manuscrites aux écrans. Il aime encore à prendre son temps, à lire les livres dont il parle, à jouir de ce « luxe professionnel rare » d’aller au théâtre et au cinéma. Le minimum qu’il doit, dit-il, aux gens à qui il s’adresse.

Du coup, version numérique, l’émission s’est inscrite dans la continuité. A l’heure de l’accélération vertigineuse imposée sur le Net, elle cultive mieux encore sa différence en prenant elle aussi le temps qu’il faut. Le titre a été légèrement retouché : « Des Mots de minuit » sont devenus « Des Mots de minuit, une suite ». On a raboté sa durée : 60 minutes au lieu de 90. Philippe Lefait et son équipe se multiplient pour être à l’heure de la mise en ligne le jeudi, jour où elle passait à la télé. C’est que les anciens repères ont la vie dure. On arrête parfois le présentateur dans la rue pour lui demander ce que deviennent les « Mots de minuit «. Il répond : « C’est sur le Net. Ah oui ? Mais à quelle heure ? »

Il y a des invités et de la musique. Une nouveauté aussi : « Tripalium », une série documentaire sur le rapport des Français au travail. Une personne seule, face caméra, est invitée à dire ce qui lui tient à cœur sur le thème du travail, sans question ni interview, sans figure imposée. Un cuisinier de collectivité, une serveuse et une fleuriste y côtoient un ministre (Michel Sapin). Comme le reste, la séquence se tourne souvent avec les moyens du bord, réduits. L’équipe était composée de sept personnes du temps de la télé. Ils ne sont plus que trois. Entièrement produite en interne, la version télé pouvait bénéficier de toutes les infrastructures maison, plateaux, éclairages et techniciens. Il faut faire aujourd’hui à 3 ou 4 ce qui se faisait hier à 25.

« C’est technologiquement possible, mais humainement ingérable »,s’alarme Philippe Lefait. Avec sa conversion au numérique, le présentateur pensait peut-être laisser aussi derrière lui la tyrannie des chiffres, l’obligation de quantité fatale à « DMDM » première version, la dictature quotidienne de l’Audimat, « gangrène de la matière journalistique ». Il a découvert une course effrénée et absurde au clic, un compteur en temps réel qui conduit à « rayer l’adverbe, si l’adverbe fait perdre des clics », et l’obsession de vouloir occuper le terrain, de remplir l’espace à tout prix. Dans cette frénésie qui donne parfois le tournis, Philippe Lefait espère que « Des mots de minuit, une suite » restera exemplaire. Il s’arrime du moins à cette certitude d’œuvrer toujours dans « quelque chose qui a à voir avec le service public ». L’essentiel désormais : trouver comment faire pour que « DMDM » « reste une marque connue sans être complètement diluée par l’infini du système ». Ou que les mots de minuit, autrement dit, ne disparaissent pas dans l’immensité et le vide sidéral. On ne vit que deux fois.

 

JOURNALISTE

1979

Philippe Lefait débute comme grand reporter à Antenne 2, où il devient très vite chef du service politique étrangère

1987

Il présente le JT de 20 heures d’Antenne 2

1997

Il reprend la présentation du magazine culturel « Le Cercle de minuit » sur France 2

1999

Il devient producteur et animateur de l’émission « Des mots de minuit » sur France 2, qui s’arrête en 2013

2014

Il reprend « Des mots de minuit » sur le site Culturebox

Quelques minutes de soleil en plus

Plus il fait beau, moins on regarde la télé, c’est un fait. Oui mais pour une minute de soleil en plus, combien de temps en moins passé devant le petit écran? Réponse avec Médiamétrie.

De l’influence du climat sur l’audience télé. Pour un petit degré de chaleur en plus à l’extérieur, combien de temps en moins à regarder la télé ? 1 min 30 ! C’est en quelque sorte l’équation résolue et présentée par les statisticiens de Médiamétrie début octobre dans le décor post-industriel du laboratoire de la rue du Bouloi, à Paris. On simplifie. Le sujet est bien plus vaste et plus complexe en réalité. Voir un brin hermétique. Il fallait un sérieux bagage mathématique, en tout cas ce jour-là, pour suivre le  » hotspot  » organisé par l’institut de mesure. Au programme : présentation des innovations méthodologiques et scientifiques afin d' » enrichir la mesure d’audience de demain « .

Passons sur les équations pour  » trouver un vecteur de poids individuels wk qui minimise la distance G sous contrainte des objectifs T « , ou encore sur la méthodologie  » permettant de contourner la problématique d’inversion de la matrice X’X, même avec un nombre d’objectifs imposés « .

« contourner la problématique d’inversion de la matrice »

Retour à la météo. Les experts statisticiens de Médiamétrie ont construit un  » modèle explicatif des facteurs d’évolution de la durée d’écoute de la télévision « . Le but : identifier et quantifier les éléments qui ont une réelle influence sur le temps que nous passons devant notre petit écran.

Pour commencer, il faut savoir que ce temps est représenté par un indicateur : la DEI, ou durée moyenne d’écoute par jour du média télévision par l’ensemble des Français de 4  ans et plus. Au cours de ces cinq dernières années, rappelle Médiamétrie, la DEI a connu une forte croissance, passant de 3 h 19 à 3 h 39, soit 20 minutes de plus de télé quotidienne en moyenne. Presque autant que durant les vingt années précédentes (+ 26  minutes, de 2 h 53 en  1989 à 3 h 19 en  2009). Depuis 2012, année record avec 3 h 50, l’indicateur enregistre toutefois un léger recul.

Pour comprendre ce fléchissement, les chercheurs de Médiamétrie ont sélectionné une liste de variables pouvant avoir un impact sur la télé : équipement, conjoncture, consommation média hors télé, variables liées aux événements et à l’actualité. Et, bien sûr, variables météorologiques. Des données mensuelles depuis 2008, récoltées, compilées, analysées afin d’établir une relation linéaire entre la DEI et les variables explicatives.

Le modèle a permis ainsi d’identifier les éléments les plus influents sur notre consommation du petit écran. Premier facteur : le taux d’activité, qui, pour 0,1 point de plus, fait perdre une minute consacrée à la télé. Un point de plus en  » équipement tablettes « , et c’est 50 secondes de moins. A l’inverse, un jour de vacances en plus dans l’année fait gagner 50 secondes à la DEI. Et 1 point supplémentaire à la fréquentation des salles de cinéma, c’est paradoxalement 17 secondes de plus devant la télé.  » Il s’agit de corrélations, et non de relations de cause à effet « , précise Julien Rosanvallon, directeur du département télévision. Autres enseignements : chez les 15-34 ans, ce sont les grands événements sportifs qui influent le plus sur la consommation télé ; le nombre de jours de vacances arrive en tête des facteurs chez les 4-14 ans.

Entre janvier  2013 et janvier  2014, la durée d’écoute observée a baissé de 7 minutes. En appliquant le modèle aux mêmes périodes, les statisticiens de Médiamétrie ont obtenu une évolution de moins 5 minutes. 58 000 actifs de moins sur la période, et la DEI a augmenté de 1 minute. Mais la baisse s’explique principalement par les effets équipements et météo. Trois degrés de plus en janvier  2014 par rapport à 2013 : c’est 4  minutes de moins à rester devant son petit écran. Quatre minutes de soleil en plus.

Olivier Zilbertin

© Le Monde
(Article publié dans Le Monde daté du dimanche 19 octobre 2014)

 

Rallumez la flemme

Dans la série d’été « Les 7 péchés capitaux » de la télé, voici la paresse.

Je me présente : je suis la paresse. Ne dites pas que vous ne me connaissez pas, j’ai les noms. Une jolie liste d’ailleurs. Croyez-moi, mon carnet de rendez-vous est plus couronné et médaillé que le Who’s Who et Le Bottin mondain réunis. Mais je suis tenue au secret professionnel. Il est vrai qu’on n’aime guère fairesavoir que l’on me fréquente, et l’on aime encore moins paraître à mon bras en public. Je suis le péché capital le plus honni par le capital. Cela dit, les mœurs évoluent aussi en la matière. Récemment, l’homme le plus riche du monde, le Mexicain Carlos Slim, et Larry Page, le PDG de Google, ne se sont pas cachés pour me rendre hommage en déclarant qu’il était temps de passer à la semaine de quatre jours de travail, pas plus. Les choses ont bien changé depuis Napoléon.« Plus mes peuples travailleront, écrivait en 1807 l’Empereur corsemoins il y aura de vices. Je serais disposé à ordonner que le dimanche, passé l’heure des offices, les boutiques fussent ouvertes et les ouvriers rendus à leur travail. » Bien d’autres depuis ont repris ce slogan.

« Je serai disposé à ordonner que le dimanche, passé l’heure des offices, les boutiques fussent ouvertes et les ouvriers rendus à leur travail »

Les sept péchés capitaux de la télé : la paresse.

C’est vrai, j’ai mauvaise réputation, mais je m’en fiche car j’ai des amants à gogo et une foule de prétendants. Mon drame tient dans ce paradoxe : plus un aspirant s’active pour obtenir mes faveurs et plus il s’éloigne de moi. Ainsi, inutile dechercher à m’emmener au cinéma, par exemple. Non, là, tout faux. Le cinéphile est le contraire d’un paresseux. Le restaurant à la limite, ça peut passer, à condition que ce soit par flemme de cuisiner. Zéro pointé encore pour la soirée lecture au coin du feu. La lecture, je ne sais pas pourquoi, ça n’entre pas dans mon champ de compétences. Qui s’est cru malin d’affirmer que celui qui lisait était en fait trop paresseux pour allumer la télé ?

On y arrive : moi, ce qui me fait totalement craquer, c’est la séance télé. C’est plus fort que moi, je ne peux pas résister à quelqu’un qui me propose de rester devant le petit écran. Allumer la télé, ça peut suffire, même pas obligé de la regarder. Je n’ai certes pas attendu l’invention du tube cathodique pour lutter à ma façon contre les abus du travail à la chaîne. Mais dans le genre rabatteuse, la télé, c’est une vraie championne. Du coup, on est devenue copines. Je ne sais plus précisément à quand remonte notre complicité. Ça ne s’est sûrement pas fait en un jour, et l’invention de la télécommande nous a beaucoup rapprochées, elle et moi. Au point qu’aujourd’hui, on ne sait plus bien laquelle des deux profite le plus de l’autre. Est-ce moi la paresse qui incite à regarder la télévision ? Ou bien la télé qui pousse à la paresse ? Chacune y trouve son compte certainement. Il a falluapprendre à se connaître. Je me souviens en tout cas qu’à une époque elle a essayé de me faire faire du sport. De l’aérobic !

Le sport, d’accord. C’est une de ses marottes, à la télé. J’étais prête à faire un petit effort, tout petit, car l’effort n’est pas dans ma nature. J’ai donc prôné la sieste devant la formule 1 malgré la fureur et le bruit. En échange de quoi, l’été, pendant le Tour de France, elle force sur le narcotique et se débrouille toujours pour mediffuser des heures de paysages immobiles, de villages écrasés par la torpeur de juillet, d’églises baroques et de clochers silencieux. Et le commentaire ! Pas entendu plus délicieusement soporifique depuis les documentaires animaliers de l’école primaire. Un petit chef-d’œuvre. Même les plus tenaces de mes détracteurs piquent du nez. On dit parfois que le peloton lui-même paresse. N’oublions pas que le sportif qui sommeille en chacun de mes petits paresseux reste, selon l’expression consacrée, un sportif en pantoufles.

Le moment où nous nous comprenons le mieux, la télé et moi, c’est quand même à l’heure de la sieste. Après le repas de midi et le journal de 13 heures, le duo fonctionne à merveille. La télé bichonne mes amoureux, et ne cherche pas à tromper leur inertie. Elle les encourage, elle les accompagne doucement vers les limbes et les rêves. C’est une heure où mes adeptes ont la politesse de n’être pas exigeants. Alors la télé peut se laisser gagner elle-même par la paresse et ne se foule pas forcément à la recherche de nouvelles recettes. Ainsi, depuis quarante ans, elle a servi par exemple, sans interruption, plus de dix mille épisodes des « Feux de l’amour ». En France, la série a été diffusée pour la première fois le 16 août 1989, soit il y a exactement vingt-cinq ans. Joyeux anniversaire ! La formule plaît toujours autant, qui draine quelque 4 millions de téléspectateurs en moyenne.

Je ne suis pas dupe et ne tire pas toute la couverture à moi. En ces débuts d’après-midi, ce n’est pas exclusivement l’oisiveté et l’inaction qui triomphent. C’est aussi la solitude qui pèse. La peur du vide qui terrifie. Les retrouvailles avec soi-même qui affolent. La mission de la télé devient alors « d’assurer un accompagnement psychologique », suggère André Rauch, professeur émérite à l’université de Strasbourg, et auteur de Paresse : Histoire d’un péché capital (Armand Colin, 2013). Rien de mieux que les séries à l’eau de rose, les émissions de témoignages et de proximité pour rompre l’isolement. Mais que nous montre-t-on dans le feuilleton américain sinon une société qui paresse, qui ressasse sa stérilité, qui pépie et s’écoute, qui n’a finalement rien d’autre àfaire que traîner sa torpeur et son ennui. Comme si la paresse se complaisait àregarder la paresse, en somme.

Il faut dire aussi que le paresseux devant sa télé est insaisissable et inconstant. Indéfini. Incompris sûrement. Ce n’est pas comme le téléspectateur de fin d’après-midi qu’on cerne bien mieux. Lui n’est pas du genre à traîner longtemps sa flemme devant le petit écran. Un véritable agité au contraire. Si par mégarde il s’est un peu abandonné après le journal de 13 heures, il se reprend vite en mains. Repas, enfants, rangements… Il n’a pratiquement plus que les oreilles à prêter à ma copine la télé. Lui, on le sonde, on le teste, on le comptabilise. On le bichonne, on tente de l’intéresser. On lui concocte de bons petits programmes inédits rien que pour lui, adaptés à son activité débordante de l’instant. Il reste debout, mais l’idée est de conserver son intérêt intact quand il va redevenir un téléspectateur assis et concentré, un peu plus tard dans la soirée. C’est une cible stratégique, lui. Imaginez qu’une chaîne rate son coup ! C’est déjà arrivé. L’échec du talk-show « Jusqu’ici tout va bien » a fait trembler tout l’édifice public. Peut-être l’émission faisait-elle la part trop belle à la paresse intellectuelle ? Quand ce n’est pas l’heure, ce n’est pas l’heure. Paresseux peut-être, mais ponctuel.

« Que la paresse soit une des sept péchés capitaux nous fait douter des six autres »

Dans une société où l’on valorise l’activité, le travail, la motivation, la productivité, il n’est pas très étonnant au fond que l’on me dénigre. Que l’on cherche à me fairepasser pour une traîtresse, pour l’ennemie jurée du « travailler plus », la voix de l’oisiveté, la pasionaria du désœuvrement. Cela ne me dérange pas, au contraire, ce petit côté rebelle, grain de sable dans les mécaniques bien huilées de la croissance et de la compétition. Faut-il rappeler qu’autrefois j’étais considérée comme le premier de tous les vices. On m’appelait acédie et si le classement était d’ordre alphabétique, c’est un fait, mon nom apparaissait bien en haut de la liste. Je passais même avant l’avarice. Pour le reste, ce n’est évidemment pas à moi de dire si cette réputation était bien méritée, ni ce qu’il en reste aujourd’hui. Je préfère laisser la parole à Robert Sabatier : « Que la paresse soit un des sept péchés capitaux nous fait douter des six autres » (Le Livre de la déraison souriante, Albin Michel, 1991).

Je préfère aussi voir la télé à mon image, symbole d’« un moment où l’on cesse d’être un travailleur actif », comme l’explique le professeur André Rauch. « Un temps où le salarié reprend sa liberté. » Un temps aussi où l’homme stoppe sa course effrénée contre la montre. En 1882, dans le Droit à la paresse, Paul Lafargue écrivait que la morale capitaliste « prend pour idéal de réduire le producteur au plus petit minimum de besoins, de supprimer ses joies et ses passions et de le condamner au rôle de machine délivrant du travail sans trêve ni merci ». La télévision n’existait certes pas, mais les époques ne s’en ressemblent pas moins.

« Notre époque est, dit-on, le siècle du travail ; notait ainsi dans son essai le gendre de Karl Marx, il est en effet le siècle de la douleur, de la misère et de la corruption. » Et si pour changer, on essayait la paresse. Avec ou sans télé d’ailleurs. « Paressons en toutes choses, clamait le peintre allemand Carl Friedrich Lessing, hormis en aimant et en buvant, hormis en paressant. »

  • Journaliste au Monde

J’ai testé la première brosse à dents connectée à mon iPhone

Il ne manquait plus que cela: depuis deux jours trône sur le lavabo de ma salle de bain une magnifique brosse à dents électrique. Magnifique en effet, car si elle ressemble aux autres en apparences, elle émet un halo de lumière bleue quand on l’allume. Cette brosse à dent est en effet dotée d’ue connexion bluetooth. C’est la première brosse à dents connectée!  Grâce au petit récepteur – sans fil bien sûr- fourni, on peut choisir un programme de lavage parmi les six proposés – plus ou moins intenses, plus ou moins long. Sur l’écran du périphérique quelques instructions durant le brossage afin d’optimiser celui-ci. Des vibrations de différentes intensités sont transmises directement par la brosse, en particulier la durée – différente selon le programme choisi. Si la pression exercée sur les dents est trop forte, la brosse se met à clignoter en rouge. Par ailleurs, le fabricant propose également une application pour relier la brosse à son smartphone (Apple seulement mais bientôt Android également). Ainsi, en plus des indications déjà fournies par le petit appareil, on peut se laver les dents en consultant la météo, les news ou les cours de la bourse.

[box] Pour en savoir plus: www.connectedtoothbrush.com/[/box]

Olivier Zilbertin

 

Mondial: le foot à l’école des réalisateurs européens

D’un côté, des réalisateurs classiques qui se lâchent (un peu). De l’autre, des réalisateurs au style plus fleuri qui se policent (un peu aussi). Et la balle au centre. En matière de réalisation télévisée, la Coupe du monde de football du Brésil est bien dans la lignée de ces devancières : elle gomme les différences. Les deux réalisateurs français (François Lanaud et Jean-Jacques Amsellem) se retiennent pour ne pas abuser des ralentis et des plans serrés qui sont leur signature habituelle sur les chaînes françaises. Leurs homologues allemands et britanniques, à l’inverse, en usent plus que de coutume au Brésil pour ponctuer les rencontres. Au risque de rater le direct.

Le monde de la réalisation coupé en deux

« L’Allemand Wolfgang Straub a forcé sur les ralentis à l’occasion du match Espagne – Pays-Bas. Il a ainsi manqué seize fois la reprise du jeu et le coup de sifflet final », note Jacques Blociszewski, chercheur indépendant, auteur du Match de football télévisé (éditions Apogée, épuisé) et chroniqueur aux « Cahiers du football » (www.cahiersdufootball.net). Pour la petite histoire, Wolfgang Straub est le réalisateur de la finale de la Coupe du monde 2006, celui qui a filmé avec sa caméra le coup de tête de Zinédine ­Zidane sur l’Italien Marco Materazzi.

Il faut le savoir en effet : sur la planète football, le monde de la réalisation télé est coupé en deux. Allemands et Britanniques accordent une importance toute particulière au respect du jeu et de sa vision collective. Le placement, le mouvement, voilà ce qu’ils privilégient grâce aux plans larges, quand les réalisateurs français s’attachent davantage à l’exploit individuel. En Angleterre, une caméra installée en haut des tribunes pour des plans larges peut assurer à elle seule jusqu’à 80 % des images.

En France, l’accent sera mis plus volontiers sur la virtuosité du joueur, les exploits individuels, et les réalisateurs qui « multiplient les gros plans sur les visages, les gestes», précise encore Jacques Blociszewski.

A contrario, les télés anglaise et allemande filment avec moins d’interruptions et n’hésitent pas à faire durer les plans élargis. « Ils respectent le rythme du match. Sinon, les réalisateurs ont le sentiment de dénaturer la rencontre », analyse Jérôme Saporito, directeur adjoint des sports de TF1. « Un match ­anglais, précise-t-il, c’est environ 800 plans de caméras. En France, on monte vite à 1 000, voire 1 300 plans. »

Si d’habitude les chaînes anglaises et allemandes se contentent en général de 40 à 70 ralentis par match, soit en moyenne deux fois moins qu’en France, le rendez-vous mondial a donc tendance à lisser les écarts. L’Anglais Jamie Oakford a poussé son compteur de ralentis à 88 pour la rencontre Mexique-Cameroun, tandis que le Français François Lanaud, aux manettes notamment pour la retransmission du match d’ouverture Brésil-Croatie, a laissé jusqu’à 10 minutes de durée de vie aux plans larges, selon les mesures de Jacques Blociszewski. Il est bien rare que ces plans dépassent d’habitude les quinze secondes à la télévision française.

Réalisateurs français, allemands et anglais restent en tout cas les seuls à être appelés pour les grands rendez-vous internationaux comme la Coupe du monde. C’est qu’au-delà des différences, c’est avant tout leur maîtrise technique qui est recherchée. Tout le monde n’est pas capable en effet d’assurer la retransmission d’un match de Coupe du monde où il faut diriger pas moins de trente-quatre caméras, comme c’est le cas au Brésil.

(Article publié dans Le Monde daté du 23 juin 2014)

Olivier Zilbertin

Passé (re)composé

 

"Les Français du jour-J" sur France 3.

 

Cela ne dure que le temps d’un éclair dans le regard de Tim Beckett. Instant fugace, presque insaisissable, où l’expression d’une joie enfantine submerge le flegme de ce très britannique ingénieur des Ponts et Chaussées. Tim Beckett savoure l’instant. Il s’apprête à découvrir ce que personne ne peut plus visiter : le port artificiel d’Arromanches, gigantesque structure de béton et d’acier posée au large de la Normandie par les alliés afin de ravitailler les troupes après le Débarquement. Colossale et stratégique. Mais définitivement démontée après usage.

Alors, la visite de Tim Beckett ? Lunettes 3D sur les yeux, joystick en main, l’homme se promène en fait sur les passerelles virtuelles du port intégralement reconstruit en images de synthèse. Séquence émotion. Il se trouve que le père de Tim, l’ingénieur Allan Beckett, fut à l’époque l’un de ceux qui inventèrent le concept du port d’Arromanches. « C’est la chaussée flottante conçue par mon père », se répète à lui-même l’ingénieur. A voir dans D-Day, ils ont inventé le débarquement, vendredi 30 mai à 20 h 45, dans « Thalassa », sur France 3.

 

LE MONDE TELEVISION |  • Mis à jour le  |Olivier Zilbertin[button type= »big »] LE MONDE TELEVISION | 26.05.2014 à 14h43 • Mis à jour le 26.05.2014 à 17h21 |Olivier Zilbertin[/button]

 

L’inédite visite de l’ouvrage paternel par Tim Beckett est l’un des moments forts de la multitude de documentaires et films programmés à l’occasion du 70e anniversaire du Débarquement allié. Le sujet ne pouvait qu’inspirer une télévision tout autant éprise de célébrations que férue d’Histoire. Ce n’est pas pour rien que, en janvier 2003, l’Union syndicale de la production audiovisuelle (USPA) a organisé un colloque intitulé « Documentaire : histoire, la nouvelle star ». « L’engouement pour l’histoire est là et il est profond », avait constaté à cette occasion Jean-Pierre Guérin président de l’Union syndicale.

En 2012, par exemple, pas moins de 59 documentaires historiques diffusés à la télévision ont rassemblé chacun plus d’un million de téléspectateurs, selon des chiffres du Centre national du cinéma (CNC). Parmi les plus gros succès, le docu-fiction Titanic, la véritable histoire, sur France 2 (4,1 millions de téléspectateurs), ou encore Guerre d’Algérie, la déchirure, sur la même chaîne (3,4 millions), et Mussolini-Hitler, sur France 3 (3 millions). L’année précédente, rappelons que Apocalypse Hitler, sur France 2 avait été regardé par 6,4 millions de personnes.

 

Le D-Day est aussi sur Thalassa, et en 3D grâce à Dassault Systèmes.

 

La télévision française ne pouvait évidemment pas manquer le rendez-vous de ce 70e anniversaire du 6 juin 1944. Oui, mais voilà, à chaque commémoration, chaque année, la question se pose, plus complexe encore que la fois d’avant : que montrer de nouveau, que dire d’original, alors que les images d’archives ont été vues et revues par tous ? Avec D-Day, « Thalassa » choisit un angle de vue inédit : la caméra plonge dans les profondeurs sous-marines pour retrouver les 200 épaves des navires coulés pendant et après le 6 juin 1944. Témoignages des vétérans et images d’archives se mêlent aux reconstitutions en trois dimensions pour raconter un autre versant de l’Histoire. « Nous avons utilisé les trois outils – archives, témoignages et reconstitution – pour aller au-delà du simple récit historique. Comme une sorte d’alchimie pour intéresser de nouveaux téléspectateurs, et en particulier les plus jeunes, qui ne goûtent pas forcément les documentaires classiques, précise Marc Jampolsky, le réalisateur de D-Day. Mais il s’agissait également de sauver une partie de notre mémoire de la disparition qui la guette. »

Films colorisés, images de synthèse, reconstitution. Rien n’est de trop aujourd’hui pour raconter autrement les grands événements du passé. PourUne journée dans la vie d’un dictateur, diffusée sur Planète + en février, la logique a été poussée à l’extrême : images d’archives détourées puis plaquées sur des silhouettes de comédiens, le tout replacé dans les décors authentiques. Où est le vrai, où est le faux ? En devenant une star du petit écran, l’Histoire a dû aussi s’adapter aux exigences de la télé. Pour passer en prime time, par exemple, « la colorisation est le minimum obligatoire », assure Jean-Christophe Rosé, le réalisateur de La Lumière de l’aube que France 2 diffusera le 6 juin à 20 h 45, en point d’orgue de sa journée spéciale Débarquement.

« Un documentaire classique, avec images en noir et blanc et commentaires à l’ancienne, ne passerait peut-être pas en début de programme, admet Fabrice Puchault, responsable des documentaires sur France 2. Mais l’important est qu’il soit programmé et qu’il trouve en deuxième partie de soirée le public qu’il n’aurait pas rencontré en première. »« Attention à ce que ce ne soit pas les annonceurs qui imposent la programmation », prévient de son côté Jean-Christophe Rosé.

« Il faut en effet que le contrat soit clair avec le téléspectateur », estime Blanche Guichou, productrice chez Agat Film et Compagnie-Ex nihilo (Le Monde selon Christophe Colomb, Arte, 2012). Que le terrain, autrement dit, soit bien délimité entre documentaire et fiction, et le téléspectateur parfaitement informé du genre qu’il regarde ainsi que des sources utilisées. Mais la frontière est parfois ténue. Et une image garantie d’époque n’est pas pour autant gage de vérité. « Déjà, retirer le commentaire et recadrer sont des formes de manipulation », indique Jean-Christophe Rosé. Et même livrée brute dans sa version initiale, l’image peut prendre des libertés avec la vérité historique. Pour le 70e anniversaire de l’appel du 18 juin, J.-C. Rosé s’était penché sur « La Guerre des images » (Arte, 2010). Pour constater que la guerre s’était jouée aussi sur les écrans de cinéma, là où étaient diffusées les actualités de l’époque.

« Les Allemands avaient parfaitement intégré la puissance de l’image comme arme de propagande, contrairement à la France ou la Grande-Bretagne », rappelle le réalisateur. Ainsi les films du Débarquement ne racontent pas forcément tous la même histoire : avancée glorieuse et triomphale pour la télé américaine, l’offensive alliée a été repoussée à la mer pour les médias allemands, tandis que les infos de Vichy soulignent surtout les dégâts et la souffrance infligés aux populations civiles par les bombardements américains et britanniques. « Le documentaire historique est effectivement doué pour le mensonge », notait l’historien Jean Chérasse dans sa communication en séance publique devant l’Académie des sciences morales et politiques en mai 2005. « Ce qui était monnaie courante au temps de la pellicule cinématographique l’est encore plus aujourd’hui, à l’ère de la vidéo, du numérique, des images de synthèse, des effets spéciaux et trucages en tout genre. »

Reconstitution, colorisation, technologies de plus en plus sophistiquées…« D’accord, à condition que ce soit de bonne qualité et au service la vérité », estime pour sa part Blanche Guichou. « La colorisation, pourquoi pas ? La modélisation en 3D, à condition que cela apporte une véritable valeur ajoutée, ajoute François Garçon, chercheur et enseignant spécialiste de l’histoire et de l’économie du cinéma. Il n’y a aucune raison de se priver d’outils pédagogiques s’ils sont efficaces. »

Dans « Le Documentaire historique au péril du “docufiction” » (Presses de Sciences Po, 2005), François Garçon ne pouvait cependant s’empêcher de constater : « (…) La fiction n’est pas loin de l’avoir emporté sur le documentaire, décrété ringard par des responsables de chaîne n’ayant plus que l’audimat pour instrument de visée (…). Pour ce qui concerne le documentaire historique, le métissage des genres emmené aujourd’hui par la fiction consacre le triomphe du divertissement sur un des rares territoires audiovisuels où sa domination n’était pas manifeste. (…) Dont acte : vive la récréation ! Cela n’est certainement pas une bonne nouvelle pour les historiens, ni pour ceux qui (…) pensent que la télévision peut en certaines occasions offrir autre chose que du strict délassement. »

A l’occasion de l’anniversaire du Débarquement, par exemple ?

(Article publié dans Le Monde daté du 25 mai 2014)

Olivier Zilbertin

Le Lépine à Méludia

Puisqu’on est dans l’univers de la musique, appelons cela une rengaine : « Même chez les musiciens passionnés, le souvenir des classes de solfège reste plutôt douloureux. » De fait. Combien d’apprentis musiciens ainsi recalés, de futurs virtuoses refoulés par l’aridité et l’austérité de la discipline, combien de Mozart ainsi assassinés ? Le refrain est connu, mais il n’en sonne pas moins juste, entonné, cette fois, par Bastien Sannac, président et cofondateur de Meludia, une méthode ludique pour apprendre la musique.

C’est qu’il y aurait tant à dire sur les premiers apprentissages dans les académies ! Toutes ces années passées parfois sans jamais écouter le moindre instrument, sans rien jouer, à répéter machinalement des notes sourdes et muettes au rythme d’un vieux métronome fatigué, à s’ennuyer dans la lecture désincarnée des partitions, l’apprentissage récursif des notes. Ne les accablons pas : les conservatoires ont aussi leur raison, leur mission, leur méthode. Ils visent l’harmonie et la rigueur, l’excellence, la virtuosité.

Avec la méthode Meludia, la musique vous parle d’abord à l’oreille. L’apprentissage chamboule tout, il renverse les portées et retourne les clés, en s’appuyant sur des activités ludiques stimulant la créativité et les sensations.

On y apprend la musique simplement, sans instrument, en insistant sur le plaisir de l’écoute et les émotions, pour tous, en fonction de son niveau et de sa pratique. Aux débutants, on propose de reconnaître des sons, des séries de notes, de réagir et répondre aux questions, de marquer des points et de recommencer avant de passer à l’exercice suivant…

La théorie, un « repoussoir »

L’apprentissage est d’abord un jeu. Le solfège et la théorie viennent après, qui restent bien sûr nécessaires, « mais sont un repoussoir quand ils sont abordés en premier », souligne M. Sannac.

Sur le site, un test en version bêta permet de juger de la modernité et de l’attrait de la méthode, s’il ne permet pas de mesurer l’efficacité sur le long terme. L’essai est gratuit, l’abonnement est ensuite proposé au prix de 99 euros par an.

On ne quittera pas l’apprentissage de la musique sur le Net avant d’avoir cité aussi la plus classique iMusic-School. Ni surtout en ayant fait rouler une dernière fois les tambours pour Meludia : la start-up a été invitée à participer au prochain concours Lépine, du 30 avril au 11 mai, concours qui s’ouvre – enfin – à l’univers du digital.

Olivier Zilbertin

(Chronique publiée dans Le Monde daté du 25 avril 2014)

 

Giovanni Gorelli, bis

Vous avez aimé, vous en redemandez. Voici donc la deuxième apparition de Giovanni Gorelli sur blogOZ.fr, dans une improvisation cette fois.

[youtube 9puDwxMBzmg nolink]

Enrichissement et salaire minimum

Deux nouvelles qui font vraiment chaud au coeur aujourd’hui:

1) L »OCDE dénonce l’enrichissement disproportionné des plus aisés.

OCDE

 

 

 

 

 

2) L’augmentation du salaire minimum rejetée au Sénat américain

 

Salaire minimum

De là à imaginer que l’enrichissement disproportionné des uns puisse s’expliquer par leur refus d’augmenter le salaire minimum… Par contre cela n’explique aucunement que ceux qui gagnent le salaire minimum sont souvent les plus pressés d »envoyer au Sénat ceux qui refuseront l’augmentation.

 

Mon ami le pianiste Giovanni Gorelli

Cela fait déjà un moment que je voulais vous présenter Giovanni Gorelli, pianiste italien qui habite à Paris. J’ai la grande chance d’être son ami. C’est avec plaisir donc que je l’accueille sur blogOZ.fr, où, je l’espère, il voudra bien venir de temps en temps joue run morceau. [youtube qgn9bEu9-4c]

Et pour en savoir un peu plus sur Giovanni, un article:

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Lettre de rupture

Chère chronique,

Il m’est très difficile de t’écrire cette lettre, et pourtant j’ai conscience qu’il s’agit de la seule chose qu’il me reste à faire pour mettre fin dignement à une situation ambigüe et qui me pèse réellement. Je ne me déroberai pas.

Lorsque nous nous sommes rencontrés, il y a maintenant trois ans, j’étais certain que tu étais vraiment faite pour moi, et moi pour toi. Je n’oublierai jamais ce 4 juillet 2011 où nous nous sommes vus pour la première fois. C’était en page 2 du Monde, et c’était providentiel. Nous sommes toujours les seuls à savoir quel signe le destin nous adressa ce jour-là, en ce lieu-là. Dès le début en tout cas, il était convenu que notre relation serait intermittente, que nous ne nous verrions que pendant les vacances, et que dans ta vie je serai toujours le numéro 2.

Que de chemin et de voyages depuis ! Et que de bons moments! Tu te souviens ? On n’était pas mal installés à côté de la météo, non ? Il faisait bon.

C’est pourtant à cette époque que j’ai croisé l’autre…La chronique télé… Elle n’avait rien de plus que toi, je te rassure. Je ne sais pas ce qui m’a pris. J’ai dû être aveuglé par les lumières, les paillettes, les néons, les illusions. Ah la télé ! J’ai foncé. Pour être honnête, je n’aurais pas été opposé à ce que l’aventure se prolonge… Mais bon, tu connais la suite et les dessous de cette intense histoire de cœur. Comme souvent, comme pour les autres épreuves traversées, c’est auprès de toi et ton petit air tout net que j’ai trouvé le réconfort. Les plaies finissent toujours pas se refermer. Tu as eu la grande élégance de me reprendre sans un reproche.

Chère Chronique. Il est temps pourtant de nous séparer. Peut-être pas pour toujours, on ne sait. Mais cessons de nous raconter des histoires: tu l’as bien senti, de mon côté le cœur n’y est plus tout à fait. Ne fais pas semblant et relis les derniers billets. Ce n’est plus ça. Tu n’y es pour rien. C’est juste le temps et ses incertitudes qui ont eu raison de nous.

Avec toute mon affection.
Olivier Zilbertin

Lettre de rupture librement inspirée de « lettre de rupture (relation courte) » (http://goo.gl/XsOign) trouvée sur le site www.pratique.fr qui propose aussi « lettre de rupture (relation longue) » (http://goo.gl/6BQ0Ob). On pourra consulter également « Comment mettre fin à une relation amoureuse au travail » (http://goo.gl/Kbw2IU), et surtout « Etre quitté(e) par sms, mail, Facebook » (http://goo.gl/2yDma8).

Claire Barsacq

Si la vie se prêtait aux bancs d’essai, il faudrait inscrire la sienne au sommaire de son émission. Dans une séquence fictive de « On n’est plus des pigeons ! », programme ludique sur la consommation diffusé sur France 4, on l’imaginerait alors s’avancer vers la caméra, silencieuse et troublante, baskets et décontraction bien lacées, tandis qu’une voix off annoncerait le programme : « Cette semaine, Claire Barsacq a testé pour vous la notoriété. Attention aux arnaques ! » Suivraient les astuces pour ne pas se tromper, les conseils pour bien choisir.

Pour ne pas confondre : on peut tomber sur de petites réputations artisanales solides, sans conséquences. Et puis il y a la véritable gloire d’appellation contrôlée, sertie et clinquante. Celle-là vous tombe généralement dessus du jour au lendemain sans crier gare. Vous vous réveillez un matin avec votre visage en « une » des magazines et le patronyme en grosses lettres sur l’arrière des autobus. On sait que certains en raffolent et seraient prêts à tout pour l’apprivoiser. D’autres s’en méfient, y goûtent parfois, et s’en détournent finalement. C’est le cas de Claire Barsacq. La célébrité, elle n’en a certainement pas fait le tour pour un sujet des « Pigeons ». Mais grandeur nature, propulsée égérie de l’info sur M6, présentatrice du premier journal télévisé de la chaîne, le « 19.45 ». Soit un rendez-vous quotidien, du lundi au jeudi soir, quinze minutes avant la cérémonie du « 20 heures » célébrée sur les autres chaînes.

D’ABORD DOUBLURE DE MÉLISSA THEURIAU

C’était en 2009. Elle n’a pas 30 ans quand M6 l’installe aux commandes du journal. Diplômée de l’Ecole supérieure de journalisme de Paris, elle a débarqué sur la chaîne moins d’un an plus tôt, après avoir fréquenté les bancs de montage et les plateaux de TPS et de NT1. D’abord doublure de Mélissa Theuriau pour l’émission « Zone interdite », Claire Barsacq a donc déjà testé un peu la lumière des projecteurs. Mais rien de comparable avec l’exposition de 19.45. Une autre planète.

[symple_column size= »one-half » position= »first »]
JOURNALISTE
1980 NAISSANCE, LE 10 DÉCEMBRE, À FONTAINEBLEAU
2004 DIPLÔME DE L’ÉCOLE SUPÉRIEURE DE JOURNALISME DE PARIS
2007 « ON VA TOUT VOUS DIRE » SUR NT1
2008 PRÉSENTE « ZONE INTERDITE » SUR M6
2009 LANCEMENT DU « 19.45 » SUR M6
2013 « ON N’EST PLUS DES PIGEONS ! » SUR FRANCE 4
[/symple_column]La journaliste n’a jamais fait de JT. Qu’importe ! M6 la prépare à affronter l’épreuve. Elle va passer l’été dans cette espèce de bocal bien clos de l’avenue Charles-de-Gaulle, à Neuilly-sur-Seine. Après la porte d’entrée et l’accueil, il faut descendre un escalier pour rejoindre la rédaction. Puis descendre encore pour se rendre sur le plateau du JT. Il lui reste aujourd’hui le souvenir d’avoir « passé l’été dans la cave ».

L’aventure est nouvelle, excitante et très riche professionnellement. Elle voudrait que cela ne change rien à sa vie par ailleurs. Impossible. Comment se dérober au jugement des autres qui vous renvoient votre image comme un boomerang. « Est-ce que vous aimez rire ? », lui demande-t-on un jour.« Pourquoi cette question ? » « Parce que vous avez l’air tellement austère ! » « C’est vrai qu’à l’antenne tu as un côté mur de Berlin », lui rapporte un autre jour un ami. Dans le regard d’autrui, elle s’observe. Ne voit qu’un personnage dur et glacial qui ne lui ressemble pas.

FORMATAGE DE RIGUEUR À M6

Les relations avec la direction de la chaîne sont un peu tendues. Elle aspire à plus de liberté, quand dans « l’écurie » M6 le formatage est de rigueur. Une maternité plus tard, un retour à l’antenne avec un magazine hebdomadaire, une mise à l’écart, un dernier remplacement de Mélissa Theuriau, des perspectives pas bien tracées… En août 2012, la jeune femme quitte la chaîne. « Ce n’était pas ma place, résume aujourd’hui Claire Barsacq. Or, la notoriété, on ne la vit bien que si on est bien dans ce que l’on fait et qu’on a le sentiment de la mériter. » Pour elle, tout est certainement allé trop vite. Au point qu’elle n’hésite pas à évoquer un « sentiment d’imposture »« J’ai pris conscience de pas mal de choses cette année-là. En particulier de ce que je suis prête à concéder ou non pour le simple prestige d’un poste. »

La jeune femme est solide. Il ne lui faut pas moins se reconstruire après l’épreuve dont elle ne sort pas indemne. Claire Barsacq s’achète d’abord un piano pour se remettre à la musique, dont elle voulut faire un temps son métier. Puis obtient sa ceinture noire de karaté. Comme une forme de symbiose du corps et de l’esprit en somme, afin de se rassembler et se retrouver.

Quand France 4 l’appelle pour évoquer une nouvelle émission de consommation, le courant passe immédiatement. « Un vrai coup de cœur, professionnel et personnel », évoque Sandrine Roustan, alors directrice de France 4. « Il m’a fallu réapprendre à être naturelle, après avoir été tellement contrainte », confie pour sa part Claire Barsacq. Depuis le 18 mars, « On n’est plus des pigeons ! » est passé sur un rythme hebdomadaire, tous les mardis soir à 20 h 45. Le ton est décalé, amusant, jubilatoire presque. Deux fois par mois Claire Barsacq anime par ailleurs un débat politique sur Public Sénat en alternance avec Benoît Duquesne. Elle peut dire que les « Pigeons » l’ont aussi aidée à « recoller les morceaux » et à « rendre sa vie plus riche ». C’est testé et approuvé. (Article publié dans Le Monde du 27 mars 2014)

 

L’Afrique dans un bouquet

[dropcap class= »kp-dropcap »]L[/dropcap]ivrer des bouquets à ceux qui sont loin de chez eux ; des bouquets de chaînes télé. Chez Thema, on ne réfuterait peut-être pas on dit plutôt que la société est spécialisée dans le développement d’offres de chaînes ethniques par flux IP (par Internet), à l’intention des téléspectateurs qui ne vivent pas dans leur pays d’origine. C’est un peu moins fleuri, mais c’est plus précis.

Créée il y a neuf ans, l’entreprise est en effet née d’un constat : quand on vit à l’étranger, ou que l’on est d’origine étrangère, la télévision est souvent le seul moyen de conserver un lien fort avec la terre et la culture d’où l’on vient. C’est elle, la télé, qui donne les infos, parle la langue, joue la musique et diffuse les images de chez soi, de son enfance ou bien de ses ancêtres. Oui mais voilà, encore faut-il pouvoir recevoir les chaînes en question. Pas toujours aussi évident qu’il n’y paraît.

Longtemps la communauté africaine de France n’avait ainsi guère de possibilité de capter les programmes en provenance de son continent. Question de modèle économique, évidemment : coût d’une transmission par satellite élevé ; population visée trop réduite. « D’accord, mais pourquoi passer par le satellite ? », s’est simplement interrogé, un jour, François Thiellet, le patron et créateur de Thema, alors qu’avec l’ADSL et le succès des box la France était déjà pourvue d’une infrastructure prête à diffuser à moindre coût la télévision par Internet.

FICTIONS TOURNÉES AU NIGERIA

« Dinosaure » des chaînes thématiques selon, sa propre expression, ancien directeur général de MCM, François Thiellet avait également été à l’origine de MCM Africa. En liaison avec le Quai d’Orsay, il s’agissait à l’époque de retransmettre en Afrique francophone des programmes hexagonaux censés contribuer au rayonnement de , personne n’avait sérieusement songé que la télévision pouvait faire le chemin dans l’autre sens.

Avec l’aide de Canal Sat Afrique, M. Thiellet a commencé par faire le tour des chaînes de télévision des pays francophones pour leur suggérer d’être diffusées en France. La proposition était du genre de celles qui ne se refusent pas : non seulement Thema prend à sa charge les frais techniques et organise la distribution, mais, en outre, elle reverse une rémunération proportionnelle au nombre d’abonnés. Dernier point, la société parisienne s’occupe également de problèmes de droits liés en particulier aux retransmissions sportives. En France, Thema signe des accords avec les principaux opérateurs de l’Internet et du « triple play » (trois services dans le cadre d’un contrat unique).

Il y a quatre ans et demi, le premier bouquet est ainsi disponible avec six chaînes (deux du Sénégal, une du Cameroun, du Mali, du Burkina et de la Cote d’Ivoire), pour 6,90 euros par mois. Le succès est immédiat.

Si bien qu’aujourd’hui Thema compte quelque 150 000 abonnés, et propose 21 programmes dans un deuxième bouquet premium à 11,90 euros. Elle propose un boîtier pour les autres pays d’Europe moins équipés en ADSL, et a élargi son offre à d’autres communautés avec, par exemple, des bouquets russophones.

Mieux, la société a créé une chaîne, Nollywood TV. Elle diffuse des fictions tournées au Nigeria, deuxième plus gros producteur de films au monde après l’Inde. Des films tournés exclusivement en anglais, et que Thema fait doubler par des acteurs africains. Un peu complexe, sachant que les fictions ne sont pas conçues pour un marché international et que tout l’audio est enregistré sur une seule piste. Du coup, Nollywood TV se retrouve aujourd’hui diffusée dans toute l’Afrique francophone. Comme un retour aux sources.

Il y a 12 ans à Nanterre

Le 27 mars 2002, alors que le maire lève la séance du Conseil municipal peu après 1 h du matin, un homme qui se trouve dans les rangs du public ouvre le feu sur les élus de Nanterre.

Avant d’être maîtrisé, il avait eu le temps de tuer huit personnes et d’en blesser dix-neuf autres. Le surlendemain, le meurtrier se suicide en se défenestrant à la préfecture de police où il était interrogé.

Quelques jours plus tard, une foule immense de Nanterriens et de citoyens d’autres communes rend hommage aux victimes, en présence du Président de la République et du Premier ministre.

Pour rendre hommage aux victimes, la municipalité organise ce jeudi à midi un dépôt de gerbes aux Terrasses de Nanterre. Des Terrasses baptisées du nom de ceux qui sont tombés sous les balles du déséquilibré dans la nuit du 26 au 27 mars 2002.

www.nanterre.fr

Radio-thérapie

Cela ressemble à une radio comme les autres. De la musique, des interviews, des débats, des infos, des reportages, des jingles. Il faut prêter mieux l’oreille pourremarquer quelques blancs à l’antenne, des hésitations et des voix pas toujours bien assurées. C’est un peu anarchique, parfois, mais la liberté est désordonnée. On se croirait revenu aux débuts de la bande FM, quand les ondes n’avaient pas encore été formatées. Bienvenue sur Radio Citron, la radio créée en 2010 « qui n’a pas peur des pépins ».

Particularité : Radio Citron est une webradio réalisée par des patients en soins psychiatriques. Le projet s’est inspiré de La Colifata, une station créée il y a plus de vingt ans par le psychologue argentin Alfredo Oliveira au sein de l’hôpital psychiatrique de Buenos Aires.

DÉSTIGMATISER ET RÉINSÉRER

Paris, placée sous l’égide de l’association L’Elan retrouvé, Radio Citron est animée par les patients et les usagers du Service d’accompagnement à la vie sociale du 18e arrondissement de Paris, les personnes prises en charge à l’hôpital de jour de La Rochefoucauld (9e arr.) ainsi que ceux de La Folie-Régnault (11earr.). Son activité vise à déstigmatiser et participe à la réinsertion sociale. Elle permet aux patients et aux usagers de valoriser leurs compétences, d’exprimer leur créativité et de reconquérir une part de confiance en eux.

Interviews de personnalités, reportages à l’étranger : Radio Citron enregistre 2 heures à 4 heures d’émission tous les deux mois. Essentiellement subventionnée par la Mairie de Paris, elle dispose d’un budget de 25 000 euros par an environ. Installée à l’hôpital, elle pourrait prochainement rejoindre les murs de la médiathèque Marguerite-Duras (20e arr.).

Les résultats n’ont plus besoin d’être démontrés. Il n’y a d’ailleurs qu’à écouter le mélange d’enthousiasme et d’application de ces voix singulières pour s’enconvaincre. Du coup, les radios à vocation thérapeutique ont tendance à semultiplier, avec chacune ses méthodes et ses spécificités.

Nantes (Loire-Atlantique), par exemple, le grand public pourra profiter de la 25eédition des Semaines d’information sur la santé mentale, qui se tient jusqu’au 23 mars, pour découvrir Radio Caméléon, réalisée et animée par les patients et les soignants du Centre hospitalier universitaire. Cette station s’appuie en particulier sur la musicothérapie, et les émissions sont diffusées sur le site du CHU. L’utilisation de la radio comme outil de socialisation fait, là aussi, ses preuves : l’attention, la mémorisation et la créativité sont particulièrement stimulées.

À L’EXTÉRIEUR DES MURS

Résultat, les patients ont une perception d’eux-mêmes revalorisée, explique-t-on à Radio Citron. La radio permet aussi de s’adresser à l’extérieur des murs de l’hôpital pour montrer qui sont les personnes qui souffrent de handicaps psychiques. Et, peut-être, les faire mieux accepter et reconnaître.

Radio Citron, ce sont finalement ceux qui la font qui en parlent le mieux. Ainsi peut-on lire sur la page d’accueil du site, dans la rubrique « La parole des patients » : « Nous sommes une aventure » ; « Nous sommes plusieurs » ; « C’est notre force » ; « Nous sommes des êtres humains qui cherchent à reconstruire ce qu’un être humain doit être. » Radio-thérapie.

Radiocitron.com

(Article publié dans Le Monde du 22 mars 2014)

Olivier Zilbertin

 

Au régime bleu-blanc-rouge

Benjamin Carle a 26 ans. Il vit à Paris, et il est journaliste. Jusque-là, rien de très particulier. Quelque chose pourtant le distingue de la plupart d’entre nous : il est le premier être humain à pouvoir se prévaloir du label « Origine France Garantie ». Si, si. Tout ce qu’il y a de plus sérieux. Décerné après audit. Et validé en quelque sorte par le ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg en personne, qui lui a remis la médaille d’or du ministère. Non sans raison : Benjamin a relevé le défi de vivre 100 % made in France durant un an. Une année entière. Autant le dire, un véritable exploit.

Pour l’accomplir, le jeune homme a dû accepter pas mal de renoncements, lui, l’enfant de la mondialisation qui consomme des produits venant de plus de pays qu’il ne pourra en visiter. Il suffit d’observer une de ses journées types avant l’expérience. Pour aller au travail, le vélo : à moitié chinois, à moitié anglais. Pantalon fabriqué en Thaïlande et chemise au Bangladesh. Chaussures du Vietnam. Arrivé au bureau : ordinateur conçu en Californie, caméra japonaise et écran coréen. Le soir, avec ses copains, Benjamin boit de la bière belge, écoute de la musique anglo-saxonne, parle des séries télé américaines et du football anglais. Alors, il a fini par se poser la question : mais que fabrique-t-on encore en France ? L’interrogation avait ressurgi à l’occasion de la dernière campagne présidentielle. Elle est souvent accompagnée d’une kyrielle de chiffres abscons et/ou contradictoires. D’un discours culpabilisant et fataliste. Benjamin voulait comprendre de quoi il en retournait précisément.

Première étape de cette immersion extrême dans le made in France : établir un état des lieux, avec l’auditeur du label. Un petit tour rapide de l’appartement. N’est pas toujours fabriqué en France ce que l’on croit. Des marques étrangères peuvent avoir des usines ou des ateliers dans l’Hexagone. A l’inverse, sont produites ailleurs des marques apparemment bien de chez nous. Autant dire que le made in France demeure une notion plutôt floue.

En fait, selon Origine France Garantie, il faut que 50 % au moins de la valeur soient produits sur le territoire pour obtenir le label. Chez Benjamin on en est loin, très loin : 4,5 % seulement. Même les haricots verts viennent du Kenya, et les cornichons de Turquie. Melting-pot en pot.

L’appartement est d’abord débarrassé de tout ce qui n’est pas de chez nous, soit 95 % des meubles et des objets. Et, pour bien commencer l’expérience, le journaliste se fixe trois règles : consommer pendant un an uniquement des biens produits en France ; éliminer tout contact avec des produits étrangers ; et enfin parvenir à ces fins avec un salaire de 1 800 euros net par mois.

Commencer d’abord par les vêtements, lui a soufflé Arnaud Montebourg. Cela tombe bien, il y a un Salon consacré exclusivement aux produits français. Mais d’emblée, le reporter se trouve confronté à l’une des difficultés majeures de l’exercice qui, d’ailleurs, va l’accompagner tout au long de son expérience : c’est bien beau de vouloir consommer français, encore faut-il que les produits existent. Du Salon, le jeune journaliste ressort avec un tee-shirt, un slip et une paire d’espadrilles. Mais il n’a pas trouvé de pantalon.

Qu’à cela ne tienne, direction la seule boutique à Paris qui vend exclusivement des vêtements fabriqués ici. Benjamin Carle peut y soigner son look. A cela près que la facture grimpe très vite : 900 euros pour quelques fringues. Avec un salaire moyen de 1 650 euros en France, de 186 euros en Chine, et 17 euros en Ethiopie… les dés semblent pipés dès le départ.

Certains industriels n’ont pourtant pas renoncé. Ainsi Gilles Attaf, le président des vêtements Smuggler, confie avoir été marqué par la disparition de la petite entreprise et du savoir-faire de son père, culottier. Smuggler a tout fait pour que ses ateliers restent localisés à Limoges (Haute-Vienne). L’histoire est entrée en résonance avec celle de Benjamin, lui aussi fils d’un petit industriel en mécanique à Valence (Drôme). L’été, le fils travaillait dans l’usine du père, sur une fraiseuse. L’entreprise de M. Carle n’eut jamais à se délocaliser, mais le journaliste est à même de comprendre ce que ce genre de disparition peut vouloir dire.

Traquer le produit made in France dans les rayons et expliquer son prix, sa rareté, sa présence ou sa disparition en allant à la rencontre des acteurs du marché, c’est la démarche très pédagogique à laquelle nous invite Benjamin Carle. Sur son chemin, le jeune journaliste a trouvé une brosse à dents française, mais pas de réfrigérateur. Pas d’ordinateur, ni de téléviseur ni de smartphone. Pour la voiture, pas facile : les modèles haut de gamme restent majoritairement produits en France, mais pour les autres, le prix reste la principale motivation d’achat. Et du coup les petits modèles sont assemblés là où la main-d’oeuvre est moins coûteuse. En dix ans, PSA est passé de 61,5 % de sa production en France à 33,1 %. Au rayon nourriture, difficile de s’y retrouver entre les petits plats « élaborés »« transformés » ou encore « cuisinés » en France. Preuve que le consommateur n’est pas seul responsable.

Depuis que je me suis mis à consommer français, on se ressemble avec mon grand-père

La quête de Benjamin Carle est personnelle. A mi-parcours de ce régime bleu-blanc-rouge, il s’interroge. Sa vie lui semble un peu triste, amputée d’un certain confort et de la musique qu’il aime. Mais de retour aux sources, dans sa Drôme natale, auprès du grand-père Emile qui ne consomme qu’à portée de main, c’est comme si tout cela prenait un sens. « Depuis que je me suis mis à consommer français, on se ressemble avec mon grand-père », découvre le journaliste.

Au bout d’un an, nouvel audit : Benjamin et l’appartement sont devenus 96,9 % français, jusqu’au chat qui consomme national. Dans le même temps, 180 000 emplois ont été supprimés dans l’Hexagone. Combien auraient été sauvés si chacun d’entre nous avait prêté un peu attention à l’origine des produits que nous consommons ? C’est la question que nous renvoie en boomerang Benjamin Carle, et tant pis si les boomerangs ne sont pas fabriqués en France.
(Article publié dans Le Monde du dimanche 16 juin 2014)

Olivier Zilbertin

Juifs et musulmans, une mémoire en partage

[dropcap class= »kp-dropcap »]C[/dropcap]’est un calcul qui ne répond pas aux lois habituelles de l’arithmétique et qui donne comme une sorte de vertige. A l’histoire des relations entre juifs et musulmans, il suffirait de soustraire un siècle, un seul, le dernier, aux quatorze d’histoire commune, pour inverser presque totalement le récit. Ne resterait alors que les mille trois cents ans de voisinage, pas toujours idylliques, ponctués même de guerres et imbibés de sang, mais treize siècles à partager les mêmes terres, la même langue, certains rites, certaines bribes de prières.

Treize siècles à vivre ensemble en tout cas, côte à côte, souvent en symbiose, à ne connaître jamais de conflits irréparables. Et puis cent ans pour tout détruire, cent ans pour devenir ennemis irréductibles, au point que toute réconciliation semble aujourd’hui impossible. C’est pourtant à une forme de raccommodage que nous convie Arte avec la diffusion de « Juifs et musulmans : si loin, si proches « . Une série documentaire en quatre volets de cinquante-deux minutes, pour recoudre ce siècle avec les treize qui l’ont précédé. Sans préjugés ni partis pris, pour mieux le cerner et le comprendre. Pour rappeler tout simplement, sous la lumière crue de l’histoire, que juifs et musulmans ne naissent pas pour se détester. En respectant l’ordre chronologique, de 610 à nos jours, « Si loin, si proches » contribue pour commencer à redonner une place plus juste aux événements, et permet de ne « pas tout juger à travers le seul prisme du conflit israélo-palestinien », précise Karim Miské, le réalisateur. Ce n’est pas rien.

La rigueur des faits. Et le contrepoids onirique des images. Le cocktail est inédit : « Juifs et musulmans : si loin, si proches » se regarde à la fois comme un documentaire et comme un long-métrage d’animation. Au total, pas moins de soixante-dix minutes de dessins animés, signés Jean-Jacques Prunès, spécialiste des illustrations et animations pour enfants, réalisateur notamment des « Histoires comme ça », de Kipling, ou du « Cheval Soleil » (adaptation du roman éponyme d’Anne Labbé). Jean-Jacques Prunès a posé son trait épuré mais fort, sobre et pourtant épique, ses pastels et ses éclaboussures vermillon comme un symbole sur les quatorze siècles de relation entre juifs et musulmans, de Médine à Paris en passant par Cordoue, Alger et Jérusalem. Quand l’histoire devient contemporaine, au quatrième chapitre, les dessins s’estompent naturellement mais ne disparaissent pas. Ils laissent aux archives, aux films et photographies d’époque la barre du témoin principal. En retrait, ils suggèrent les déchirements et font écho à la violence du réel.

Comme une boucle, ils renvoient aux origines, au premier chapitre de l’histoire (610-721). Dans la société préislamique, « l’appartenance religieuse compte peu« , précise Michael Mumisa, de l’université de Cambridge. « Les juifs sont alors des Arabes comme les autres ». « Juifs et Arabes partagent la même philosophie, les mêmes croyances, écrivent les mêmes poèmes, ajoute Tudor Parfitt, de l’Ecole des études orientales et africaines de Londres. Ils ont des idéaux communs. Par exemple, ils croient aux vertus masculines de la guerre et de l’équitation. Les deux communautés pratiquent l’agriculture dans les oasis et le commerce inter-oasis. » Le judaïsme va évidemment beaucoup influencer l’islam naissant. A son apogée, c’est l’islam qui inspirera un nouveau judaïsme. Il y aura encore des massacres, comme celui des juifs de Grenade, en 1066 ; des combats menés côte à côte, comme contre les soldats du Christ à Jérusalem ; la nostalgie partagée de l’Andalousie qui irriguera longtemps les musiques et les chants des deux communautés de l’autre coté de la Méditerranée.

Sur les aquarelles de Jean-Jacques Prunès et l’histoire qui déroule son grand ruban, une trentaine d’intervenants internationaux posent leurs lettres d’experts. Juif ou musulman, peu importe : chacun a une raison de se sentir concerné. Ainsi, explique Karim Miské, le réalisateur, « ils ne nous parlent pas de trop loin ». Technique, le verbe se fait plus personnel, l’intime et l’émotion affleurent à mesure que l’histoire se rapproche. « Il est important de mettre des mots là-dessus, surtout face au repli communautaire des deux côtés », relève Kamal Hachkar, un des intervenants, réalisateur de Tinghir-Jérusalem, les échos du mellah, film de 2011 qui retrace la quête des juifs disparus du village marocain de ses ancêtres.

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Dans « Juifs et musulmans : si loin, si proches », Raphaël Draï, de l’Institut politique d’Aix-en-Provence, évoque « le caractère tragique et déchirant »de cette situation. « Comment, dit-il, peut-on être à la fois si proche, jusqu’en osmose, et finalement se séparer ? C’est une grande énigme de la condition humaine. » Le dernier chapitre du documentaire de Karim Miské ne laisse pas beaucoup de place à l’espoir d’une réconciliation prochaine. Sous les dessins et derrière les mots, on jurerait pourtant avoir entrevu l’ombre d’un raccommodage possible. Ce serait déjà ça.

Génération quoi?

On croyait au début qu’on ne lui trouverait pas d’épithète. Pas d’attribut. Pas d’identité en somme. Pas d’existence presque. Même à la « bof génération », on avait donné une interjection. Pas à elle. Comme si elle n’avait décidément droit à rien. Ni boulot ni qualificatif… Elle serait donc la « génération quoi ? », suspendue dans le vide au crochet du point d’interrogation.

Mais comme une forme d’examen de conscience, c’est en fait à chacun de nous que s’adresse la question, à travers un documentaire en trois volets de soixante-quinze minutes, diffusé à partir du mardi 15 octobre dans le cadre d' »Infrarouge », sur France 2 (en partenariat avec Le Monde et Europe 1). Une opération d’envergure, associée à une grande enquête en ligne (lire ci-contre), pour esquisser le profil d’une jeunesse, tenter d’en comprendre les doutes et les espoirs. Et de trouver peut-être l’adjectif manquant.

> Répondez au questionnaire ici :Génération quoi : qui sont les jeunes de 18-34 ans ?

C’est à Cergy-Pontoise (Val-d’Oise) que la réalisatrice Laëtitia Moreau, 43 ans, a posé ses caméras, a suivi et interrogé une quarantaine de jeunes gens (il en reste vingt à l’écran), gagné peu à peu leur confiance et recueilli leurs confidences. Cergy-Pontoise, préfecture la plus jeune de France, avec son pôle universitaire et sa grande école (l’Essec) où se côtoient plus de vingt mille étudiants, ses missions locales d’aide à la réinsertion, son important tissu associatif, la diversité de sa population, se prêtait parfaitement à l’exercice. Deux ans et demi de travail et un an de tournage n’ont pas été de trop pour tirer le portrait en mosaïque de ces 18-30 ans.

UNE « GÉNÉRATION DONT PERSONNE NE VEUT »

La caméra prend son temps, elle saisit les mots et les longs silences, les regards qui fuient, les certitudes qui se fissurent lentement et l’espoir qui demeure malgré tout. Les personnages passent et s’éclipsent, réapparaissent au rythme des mois qui s’écoulent et des attentes qui s’effilochent, printemps, été, automne, hiver. Ils se parlent à eux-mêmes autant qu’ils nous parlent. Ils sont à l’image du monde dont ils ont hérité : individualistes, convaincus de la marche déréglée des choses, persuadés que cela ne va pas aller en s’améliorant, mais certains de s’en sortir au bout du compte, portés par « une énergie et une vitalité que l’on ne s’attend pas forcément à voir dans une France en dépression », note Christophe Nick, le producteur. « Lucides », ajoute Laëtitia Moreau, ils ne se bercent cependant pas d’illusions. Quand on le leur demande, ils se voient majoritairement en génération « sacrifiée » ou « perdue ».

Une « génération dont personne ne veut », constate en tout cas Julie, 23 ans. En dépit d’un bac + 5, Julie ne trouve pas de travail et doit enchaîner les petits boulots. Rien qui lui permette de gagner réellement sa vie. Elève puis étudiante modèle, Julie n’est pas sûre d’atteindre un jour une position sociale équivalente à celle de ses parents.

Elle se surprend parfois à se demander « quand est-ce que va commencer »sa vie ? Tout comme Julie, Paul, Moussa, Aurélie, Sabrina, Elodie, Amine, Clément et les autres ont du mal à se projeter dans l’avenir. Ils ont entre 18 ans et 30 ans et sont les représentants d’une génération plus diplômée en moyenne que toutes celles qui l’ont précédée. Mieux armée en apparence pour affronter la vie, elle a au contraire plus de difficulté que ses devancières à se frayer un chemin vers l’âge adulte, à se trouver une place dans la société. Elle a assisté impuissante à l’abrasion des valeurs et à la chute des utopies. Tellement en attente de reconnaissance sociale qu’elle semble prête à tous les sacrifices. Laquelle de ces jeunes filles s’imagine« pouvoir être heureuse sans amour, mais pas sans travail » ? Faute de poste stable, de salaire décent, cette génération reste forcément plus longtemps au domicile parental et en nourrit un sentiment de culpabilité. D’autant qu’elle a vu ses parents eux-mêmes en proie au chômage, à la précarité, et qu’« elle porte le poids de cet héritage », suggère le documentaire.

« Pour trouver un emploi, il faut être en harmonie avec soi-même », analyse avec lucidité Marie-Laure, 19 ans, consciente qu’elle n’en est pas là.

A la mission locale pour la réinsertion des jeunes en difficulté, on leur apprend donc avant tout à se réconcilier avec eux-mêmes. Ceux qui n’ont pas le bac, à l’image de Marie-Laure, sont évidemment les plus touchés par la crise. En quête de sens et d’identité, on observera dans le deuxième volet du film,Bac ou crève, qu’ils portent ostensiblement tatouages et piercings, absents chez les autres représentants de la génération. Il n’y a guère en fait que les élèves de l’Essec pour qui le chemin soit tout tracé, et depuis longtemps. Romain, 22 ans, parle ainsi avec aplomb de la « stratégie familiale » pour être heureux, épanoui et avoir toutes « les armes pour avancer ». La confiance lui manque d’autant moins que, sur les bancs de la grande école, on parle aux élèves comme s’ils tenaient déjà le monde entre leurs mains. Maîtrise du discours, maîtrise du destin. L’assurance d’Aurélie, 20 ans, elle aussi sur les sentiers de l’excellence, n’en connaît pas moins quelques failles discrètes. Essayer d’être « toujours au top, admet ainsi la jeune fille, c’est très différent d’essayer d’être soi-même ». Génération doute ?

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Ivan Trevejo: retour de lame

Un beau portrait de l’épéiste Ivan Trevejo, double médaillé olympique sous les couleurs de Cuba. A 42 ans, il porte aujourd’hui le plastron tricolore et espère disputer les prochains Jeux de Rio. Pour y glaner la dernière médaille qui manque encore à son palmarès, lui qui fut médaillé d’argent individuel en 1996 et de bronze par équipe en 2000.

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« Téléfoot », prolongations numériques

[dropcap class= »kp-dropcap »]Ce[/dropcap] dimanche matin-là, les spectateurs présents sur le plateau de « Téléfoot » sont rentrés chez eux avec un cliché inhabituel dans leur appareil photo. Cela ne devait être qu’une traditionnelle image souvenir à côté de Christian Jeanpierre, l’animateur de la célèbre émission dominicale consacrée au ballon rond. Comme à son habitude, le journaliste s’est prêté avec un certain flegme à l’exercice. Sauf que voilà : quelques instants plus tôt, l’émission s’est terminée pour lui avec un œuf écrasé sur la tête ; et c’est ainsi coiffé qu’il n’a pas hésité à poser ce dimanche-là devant l’objectif de ses fans. Une séquence que vous n’avez peut-être pas vue même si vous n’avez rien manqué de l’émission. Elle a été diffusée en direct, et pourtant elle n’est pas passée à la télévision !

C’est que depuis le 5 janvier, quand « Téléfoot » s’arrête sur le petit écran, Mytéléfoot reprend la balle au bond sur le Net. Presque sans interruption. Avec Christian Jeanpierre toujours à la baguette, accompagné de Frédéric Calenge. Juste le temps pour l’équipe de prendre connaissance des réactions des internautes, et l’émission reprend déjà. Pas question de déborder à l’approche du « 13 heures ». Sur MyTF1 aussi, le direct a ses contraintes.

PHOTOS DE PETIT DÉJEUNER

Déjà décontracté sur le petit écran, le ton se veut encore plus convivial pendant la prolongation. Pour bien marquer les limites du terrain, le coup d’envoi est d’ailleurs confié à deux personnages atypiques qui font souffler un vent neuf sur la chronique footballistique. Issu du Jamel Comedy Club, Tony Saint Laurent s’amuse ce dimanche-là à imaginer les tweets que pourraient s’échanger Zlatan Ibrahimovic et Cristiano Ronaldo. Coup d’œil sur le réseau social Instagram, où les internautes postent leurs photos de petit déjeuner devant l’émission télé. La pratique est en train de prendre doucement mais sûrement sur le Web.

Deuxième rasade d’humour avec Stéphane Pauwels, le « sniper du foot », présentateur vedette d’émissions sur RTL Belgique, qui anime ici dans la foulée la « minute belge ». Coups de cœur, coups de gueule. Avec ces deux nouveaux venus dans la galaxie, l’idée est aussi « de donner une chance aux jeunes », précise Christian Jeanpierre.

Plus sérieusement, on revient aussi sur les thèmes de la version télé qui font débat parmi les internautes. Ce jour-là, un beau sujet sur le Bayern de Munich. Sur Internet, c’est d’abord la manière dont le club bavarois a accepté d’ouvrir si grandes ses portes en toute transparence à une équipe de télé qui fait réagir. Impossible en France.

Après six rendez-vous seulement, et sans publicité, l’émission a attiré 25 000 internautes pour sa première, et 100 000 après trois semaines. Disponible également en rattrapage, Mytéléfoot est la première pierre d’un édifice numérique plus important que TF1 va mettre sur pied en cette année de Coupe du monde. Christian Jeanpierre est convaincu que le Téléfoot numérique peut « viser le point d’audience » (soit 500 000 internautes sur le direct).

Ce jour-là, une petite info d’abord discrète de la revue de presse internationale vasemer une joyeuse pagaille sur le plateau. Pour une émission de télé américaine, David Beckham a accepté de jouer à une forme de roulette russe. La règle :prendre un œuf dans une boîte et se le casser sur la tête. Il y en a des durs, et d’autres pas. Qui donc a eu l’idée ce matin-là de proposer une partie à l’équipe de Mytéléfoot ? On ne sait plus. Mais on sait qui a perdu. Il y a des photos.

 (Article publié dans Le Monde daté du 17 février 2014)

Olivia Mokiejewski

SACREE NATURE – S’il avait voulu se la jouer espiègle, le hasard n’aurait pas pointé son index ailleurs sur la carte. Rendez-vous dans un restaurant de la rue de la Roquette, à Paris, un rien branché d’ordinaire. En arrivant, surprise. Ce jour-là, sans que l’on sache pourquoi, l’établissement est entièrement transformé en basse-cour. Le sol a été couvert de paille ; entre les tables, poules, chèvres et moutons goûtent une certaine forme de liberté, indifférents à la ronde et à l’agitation des hommes. On ne le savait pas. Peu importe : le décor semble taillé sur mesure pour la journaliste et réalisatrice Olivia Mokiejewski.

C’est qu’avant d’être « L’Emmerdeuse » qui s’invite à l’assemblée générale de Coca-Cola et cherche à lever le mystère sur la composition de ce soda, avant d’être « L’Emmerdeuse » qui enquête sur la filière porcine en France, il se trouve qu’Olivia Mokiejewski, 36 ans, se fit d’abord un nom dans le documentaire animalier. Un nom… Le mot nous a échappé. On savait qu’on y viendrait de toute façon, qu’il faudrait bien buter à un moment où à un autre sur ce patronyme. Nous y voilà. Mokiejewski. Toujours une lettre qui se dérobe sous le stylo, un son qui reste coincé dans la bouche. Toujours un couac.

EXISTER PAR SOI-MÊME

Oui, mais surtout un nom complet, bien à elle, avec ces deux syllabes à la fin qui parlent polonais, et les deux du début qui causent cinéma. Elle a tenu à le garderintact, ce nom, quand la télé, avide de raccourcis, lui suggérait de prendre un pseudonyme. Pas question. Elle y tenait trop, Olivia, aux quatre syllabes qui la faisaient exister par elle-même, à cette terminaison qui prouve qu’elle s’est « débrouillée toute seule »« Je suis très fière de mon père, mais je ne suis pas une “fille de” », insiste-t-elle. Jean-Pierre Mocky l’aurait préférée sur grand écran plutôt que sur petit. On peut voir la maman, Marisa, dans quelques films du père. On croit comprendre que le cinéma n’a pas soudé très solidement la famille. Et, quand des tournages appelaient au loin la troupe, Olivia se retrouvait chez sa grand-mère, à Grenoble. C’est peut-être là qu’elle a tissé les liens très forts qui l’unissent à la nature.

Un DEA d’économie, des premiers postes sur la chaîne LCI, des débuts au siège new-yorkais de l’AFP, un passage à Investir : le parcours de journaliste économique semblait tout tracé. Sauf qu’Olivia Mokiejewski a vite vu qu’elle n’avait pas choisi ce métier « pour commenter le prix du mètre carré à Paris ». Changement de programme. A la rédaction en chef de « Vu du Ciel », l’émission de Yann Arthus-Bertrand, à la réalisation des « Orphelins du paradis », une série consacrée aux centres de réhabilitation pour animaux sauvages blessés et abandonnés, la jeune femme s’est sentie plus dans son élément. Une manière defaire rimer sa profession avec ses convictions.

« La poésie d’un monde qui n’est pas marchand »

Il lui a fallu se montrer à l’écran, bien qu’elle ne s’y sente pas à l’aise. Mais elle a pu constater combien sa propre visibilité donnait de poids aux combats qu’elle menait. Pour la cause animale : parce que l’humanité se mesure aussi au « rapport que l’on entretient avec les autres espèces ». Pour la nature, et « cette poésie d’un monde qui n’est pas marchand ». Des engagements, fruit « d’émotions particulières », qui se déclenchent au spectacle d’une nature que l’on abîme ou d’un animal que l’on fait souffrir. Durant les trois mois de son enquête sur la filière porcine, Olivia Mokiejewski a mal dormi. Dans ses cauchemars, ce n’était plus des cochons que l’on empalait sur des crochets de boucher, mais des hommes.

[symple_column size= »one-half » position= »first »]
JOURNALISTE
6 JUIN 1977 NAISSANCE À SURESNES
2001 DEA ECONOMIE INTERNATIONALE – ECONOMIE DES PAYS EN TRANSITION
2011 PREMIÈRE RENCONTRE AVEC DES GORILLES AU CONGO
2013 DIFFUSION DE « COCA-COLA ET LA FORMULE SECRÈTE », CORÉALISÉ AVEC ROMAIN ICARD
2014 TRAVERSÉE DU DÉSERT DU NAMIB POUR LE PROCHAIN DOCUMENTAIRE « EDEN »

[/symple_column]Depuis qu’elle campe « L’Emmerdeuse », avec ce mélange singulier d’audace et de retenue, elle a de surcroît renforcé son aspiration à la métamorphose. Comme un nouveau combat personnel, en quelque sorte, un processus de repentance :inverser le rapport des forces entre la consommatrice et la citoyenne qui se sont longtemps affrontées en elle. Peu à peu, la jeune femme a ainsi renoncé aux cosmétiques et aux apparats de la dernière mode pour acheter ses vêtements en dépôt-vente. Pour autant, elle ne fait « pas la danse de la pluie, ne mange pas de salades bio avec des hippies ». Si elle se « complique parfois un peu la vie », c’est dans l’unique but de « consommer avec du sens ».

En 2014, « L’Emmerdeuse » devrait revenir avec une troisième enquête. Pour « Grandeur nature », sur France 2, Olivia Mokiejewski a par ailleurs lancé une nouvelle idée : « Eden » ou la visite des derniers espaces sauvages, menacés alors qu’ils sont indispensables à l’équilibre de la planète. France 2 devrait également diffuser en première partie de soirée un film produit par la BBC et consacré aux grands singes. Où l’homme ne serait plus un lointain descendant, mais un singe comme les autres. Une histoire de famille et d’identité, en somme, présentée par Olivia. Olivia comment ?

 (Article publié dans Le Monde daté du 23 décembre 2013)

Rétro Perso

ozDésolé, cela ne se fait pas, mais le chroniqueur va commencer par lui. Lui et son bilan 2012 puisque c’est à cette très personnelle rétrospective qu’il fut invité par Facebook pour commencer la nouvelle année.
Un bouton apparu sur son mur dans les dernières lueurs de 2012 l’incitait en effet à cliquer afin de retrouver ses « 20 plus grands moments de cette année. Evénements marquants, publications mises en évidence ou autres actualités populaires… ».
Exercice de mémoire obligé des débuts d’année. Le résultat est là : https://www.facebook.com/yearinreview/olivier.zilbertin, accessible peut-être exclusivement aux amis et connaissances.
Alors, que reste-t-il de 366 jours passés sur le réseau à se confier, s’exprimer, s’emporter parfois, s’enthousiasmer souvent, s’exposer, que reste-t-il d’important inscrit dans la mémoire métallique de la machine, selon l’arithmétique implacable du processeur, vu sous l’oeil minéral du réseau ? La mémoire numérique recoupe-t-elle la nôtre, phosphorescente et baignée de lumière ? Evidemment non.
De l’année du chroniqueur, le réseau a retenu essentiellement quelques clichés, une visite de l’étranger, des enfants qui rient, de vieilles photos – souvenirs dans les souvenirs en quelque sorte -, des messages d’anniversaire. De quoi remplir quand même de jolies pages sur monalbumphoto.fr.
Oubliées les polémiques et les prises de bec sur Facebook, qui pourtant ont bien occupé les nuits d’insomnie. A la corbeille, l’ironie sur un comédien qui fuyait et les rires – parfois un peu crispés quand même – sur une fin du monde qui approchait.
Résumé éclair, épuré, d’un an de vie numérique, qui finalement convient bien au chroniqueur. L’essentiel, le plus beau et le plus grave, la blessure d’un ami qui vous gomme d’une histoire pourtant commune, les souvenirs marquants de la vraie vie, en somme, sont ailleurs, repassés, amidonnés, pliés.
Allez ! Regarder une dernière fois 2012 dans le rétroviseur. Relire sur wizify.com ses meilleurs messages Twitter – les adresses responsables du site Bienbeau (http://www.bienbeau.fr) – ceux en tout cas qui ont eu le plus d’impact auprès de sa communauté. Laisser resurgir quelques instants furtifs, ou un peu moins, coupés en tranches de 140 caractères.
Remercier enfin son « suiveur » le plus fidèle (Daniel, encore merci). Puis avant de tourner pour de bon la page et les yeux vers l’horizon, se demander une dernière fois si l’on n’a rien omis, rien laissé d’important derrière soi qui pourrait resservir en 2013.
Peu importe, dirait Freud. Les souvenirs oubliés ne sont jamais perdus.

(Publié dans Le Monde daté du 2 janvier 2013)

Olivier Zilbertin

Exilé

Je pense à tous ceux qui ont été contraints de quitter leur pays, je pense en particulier à mes grands-parents. Je pense à eux, et à ceux qui ont été poussés à l’exil par la faim, ou par la haine. Chassés parce qu’ils ne partageaient pas les mêmes idées ou parce qu’ils ne croyaient pas au même dieu. Partis sur les routes, sans rien, laissant derrière eux leur histoire, leurs racines, pour conserver juste un espoir, l’espoir d’un avenir pour eux et leurs enfants. Et puis il y a ceux qui claquent la porte de leur pays sous prétexte qu’au lieu de gagner quelques millions d’euros dans l’année, ils ne gagneront que quelques millions d’euros – mais un peu moins. Qui insulte l’autre ?

Kyan Khojandi

 

[dropcap class= »kp-dropcap »]L[/dropcap]A VIE APRES « BREF » – Tenter de faire front, puis finalement céder. Déposer les armes, laisser les images trop faciles effacer tout le reste. Sans résister, se résoudre à ouvrir quand même la boîte aux clichés. S’attendre à une entrevue forcément brève, menée au rythme soutenu d’une parole cadencée. Il faut dire qu’on ne connaît rien d’autre de lui, qu’on ne l’a jamais rien vu incarner d’autre que ce « je » un rien lunaire. Et de fait, comme le héros qu’il incarnait dans « Bref. », Kyan Khojandi a le verbe pressé, la proposition qui bouscule la précédente. Au mixage, bien penser à relever les fins de phrase. « Mais si je parle vite, c’est pour ne pas déranger ! », confie le jeune comédien de 30 ans. Pour le reste, on s’est trompé sur toute la ligne. Ce jour-là du moins, Kyan Khojandi a le temps de s’attarder dans un café de la place du marché Sainte-Catherine, à Paris. On ne joue pas à « Bref. ». On prend le temps qu’il faut pour s’apprivoiser.

A l’écran, on l’avait laissé dans un 82e et ultime épisode en juillet sur Canal+. On le retrouvera le lundi 10 décembre sur France 4, transformé, en Monsieur Loyal au Montreux Comedy Festival, en Suisse. Sur scène et en direct. L’occasion de le voir « dans des rôles un peu différents. Par exemple un numéro musical avec Bruno Muschio (coauteur et coréalisateur de « Bref. »), des chansons, pas que des sketches. Des surprises ». C’est que le jeune homme n’est pas virtuose qu’en ironie à coulisse, il a aussi fréquenté le conservatoire de musique, section violon alto.

Autour de lui, à Montreux, l’équipe de « Bref. », réunie sur scène pour la première fois. Tissée avant les succès, forgée dans les temps difficiles des petites salles vides et obscures, des étroits plateaux parisiens, l’amitié ici n’en paraît que plus solidement arrimée. L’omnipotent « je » de la série s’efface alors derrière la version collective du « on ». « On a fini la série en juillet. Ensuite, on s’est mis à la production du DVD sorti en octobre. Cela nous a pas mal occupés car on a essayé de faire un truc original, et pas simplement de coller 82 épisodes à la suite. On a voulu aller vraiment plus loin et on a mis six heures de bonus. » Avec Bruno Muschio et Harry Tordjman le producteur, « nous avons également fait un livre qui retrace toute l’aventure de la série. Mais là encore, on a essayé d’être original et de mettre plein de trucs nouveaux et surprenants pour en faire un livre stylé, ludique, intéressant. On ne s’est jamais dit qu’on allait mettre «Bref.» sur une boîte ou une couverture et qu’on allait le vendre. Ce n’est vraiment pas notre façon de voir les choses ».

LA RÉUSSITE EST VENUE ASSEZ VITE

Kyan Khojandi, né à Reims d’un père iranien et d’une mère française, est monté à Paris, comme d’autres, pour faire l’acteur. Il a connu les « colocs », le RSA, et les petits boulots pour payer les cours de comédie. Mais moins longtemps que d’autres : la réussite est venue assez vite frapper à sa porte. 

« A un moment, c’était quand même très chaud. J’avais abandonné mes études de droit pour devenir comédien. J’étais au RSA et je pense que mon père, qui m’aurait bien vu avocat, a dû se dire à ce moment-là que je n’avais pas fait le bon choix. »

La suite a donné raison au fils.Mais on imagine derrière les mots qui accélèrent encore un peu, la figure paternelle, marchand de tapis, immigré en France dans les années 1980, à la personnalité forte qui vous en impose. Pour communiquer, pour exister peut-être, pour se faire une place en tout cas entre père et frère aîné de quatre ans (Keyvan, le rôle du frère), il faut savoir parler vite et faire concis. Il faut savoir faire bref. Dans l’écriture simple et concentrée, derrière le voile pudique de l’humour, dans l’ironie grinçante, l’auteur a aussi dilué ses angoisses, éloigné ses peurs, pisté ses envies. Il y a mis beaucoup de lui-même. « Une année de «Bref.», c’est comme cinq ans de psychothérapie », précise-t-il.

Il en est sorti avec la sensation d’avoir « rangé » son bureau, « ici les succès, là les fêlures »« «Bref.», ça m’a posé, donné confiance, rendu zen. » Comme en cohérence avec lui-même en somme. Rapidement, la page tournée, il a eu envie de scène, mise entre parenthèses durant les dix mois de Canal+. Il est réapparu en première partie de Kheiron à L’Européen, et de Baptiste, des comiques de ses amis, vus aussi dans la série. Il a arpenté de petits plateaux « avec parfois vingt spectateurs seulement », pour de courtes apparitions. « Cinq ou dix minutes sur scène. Histoire d’écrire de nouvelles choses, de les tester, et si ça marche d’en faire peut-être un spectacle un jour. » En attendant, avec Bruno et Harry, il planche désormais sur le film inspiré de la série. Un vrai challenge en réalité. Essayer de faire un long-métrage avec du « Bref. ».

Olivier ZILBERTIN

 

 

COMÉDIEN

29 AOÛT 1982 NAISSANCE À REIMS (MARNE)

1988 INSCRIPTION À L’ÉCOLE DE MUSIQUE JACQUES-MURGIER, À REIMS. JOUE DU VIOLON ALTO DURANT QUINZE ANS

2004 ARRIVÉE À PARIS, INSCRIPTION AU COURS SIMON

2010 JOUE SUR DES SCÈNES À NEW YORK

29 AOÛT 2011 PREMIÈRE DIFFUSION DE « BREF. » SUR CANAL+

JUILLET 2012 FIN DE LA DIFFUSION DE « BREF. »

10 DÉCEMBRE PRÉSENTE LE MONTREUX COMEDY FESTIVAL SUR FRANCE 4

(article paru dans Le Monde daté du 10 décembre 2012)

Facebook, c’est pas obligé

A ceux qui nous balancent un lien vers un site payant, comme on lance une grenade, et s’éloignent en courant de peur de prendre un éclat, je veux rappeler ceci : les réseaux sociaux, ce n’est pas obligatoire. A ma connaissance, il n’y a pas de règles particulières qui régissent les comportements, les usages sur Facebook et Twitter, sinon celles déjà en vigueur par ailleurs. Pas de gouvernement, pas de police. Pas de bible. Il n’y a pas de bons, ni de mauvais pratiquants. Ni l’expérience, ni la maîtrise des technologies ne donnent aucun avantage sur le néophyte et l’ignorant.

Cela dit, je vais user ici d’un droit qui existe sur Facebook comme ailleurs : celui de donner quelques conseils, qui cohabite parfaitement avec le droit de ne pas les écouter ni de les entendre. Avant qu’il ne devienne peut-être une gigantesque galerie commerciale, Facebook est avant tout un espace d’échanges désintéressés, de convivialité et plus encore de réciprocité. Peu importe le nombre d’amis que l’on y compte. L’essentiel, c’est la qualité des relations que l’on y tisse. Ainsi, il faut savoir qu’une communauté, cela s’entretient et se vit. Il faut savoir donner, mais il faut aussi savoir recevoir. Être présent. Poster des liens pertinents vers des pages que chacun peut consulter sans être obligé de s’abonner pour 6 mois. Signaler que l’on a aimé tel ou tel lien, tel ou tel commentaire, commenter soi-même, répondre, mettre à jours son statut, poster des photos, regarder les albums, partager de la musique, montrer de l’intérêt pour les autres si l’on espère que les autres témoignent un peu d’intérêt pour soi.

Rien de plus agaçant, de plus méprisant, que ceux-là qui n’utilisent le réseau que pour vous envoyer dans l’impasse d’une page payante, s’en vont sans prendre le temps d’une explication, ne participent pas à la vie de la communauté, et ne reviennent que pour les mêmes motifs, vous déposer sous le nez un bulletin d’abonnement. Les réseaux sociaux, ce n’est pas obligatoire ; cela demande juste un peu de respect pour les autres et un peu d’enthousiasme pour soi.

Olivier Zilbertin

Facebook, c’est pas obligé

A ceux qui nous balancent un lien vers un site payant, comme on lance une grenade, et s’éloignent en courant de peur de prendre un éclat, je veux rappeler ceci : les réseaux sociaux, ce n’est pas obligatoire. A ma connaissance, il n’y a pas de règles particulières qui régissent les comportements, les usages sur Facebook et Twitter, sinon celles déjà en vigueur par ailleurs. Pas de gouvernement, pas de police. Pas de bible. Il n’y a pas de bons, ni de mauvais pratiquants. Ni l’expérience, ni la maîtrise des technologies ne donnent aucun avantage sur le néophyte et l’ignorant.

Cela dit, je vais user ici d’un droit qui existe sur Facebook comme ailleurs : celui de donner quelques conseils, qui cohabite parfaitement avec le droit de ne pas les écouter ni de les entendre. Avant qu’il ne devienne peut-être une gigantesque galerie commerciale, Facebook est avant tout un espace d’échanges désintéressés, de convivialité et plus encore de réciprocité. Peu importe le nombre d’amis que l’on y compte. L’essentiel, c’est la qualité des relations que l’on y tisse. Ainsi, il faut savoir qu’une communauté, cela s’entretient et se vit. Il faut savoir donner, mais il faut aussi savoir recevoir. Être présent. Poster des liens pertinents vers des pages que chacun peut consulter sans être obligé de s’abonner pour 6 mois. Signaler que l’on a aimé tel ou tel lien, tel ou tel commentaire, commenter soi-même, répondre, mettre à jours son statut, poster des photos, regarder les albums, partager de la musique, montrer de l’intérêt pour les autres si l’on espère que les autres témoignent un peu d’intérêt pour soi.

Rien de plus agaçant, de plus méprisant, que ceux-là qui n’utilisent le réseau que pour vous envoyer dans l’impasse d’une page payante, s’en vont sans prendre le temps d’une explication, ne participent pas à la vie de la communauté, et ne reviennent que pour les mêmes motifs, vous déposer sous le nez un bulletin d’abonnement. Les réseaux sociaux, ce n’est pas obligatoire ; cela demande juste un peu de respect pour les autres et un peu d’enthousiasme pour soi.

Olivier Zilbertin

In memoriam

Il revient chaque année au chroniqueur intérimaire une mission dont il aurait idéalement dû s’acquitter hier, dans le journal daté du 1er novembre. Ce devoir récurrent – dont il se passerait volontiers – consiste à occuper l’espace de ce billet le Jour des morts. Impossible de l’oublier : regardez, la chronique est mitoyenne de l’éphéméride, qui rappelait hier sous la météo, sous les caprices et la haute autorité des cieux donc, que le 1er novembre était bien le jour de la Toussaint. Mieux, ou pis : la page de ce billet fait souvent face au carnet. C’est dire si sur l’agenda du chroniqueur, cette date est doublement marquée d’une pierre tombale.

Et pourtant, il s’y est dérobé hier – par snobisme. Ou plutôt comme un acte manqué, sachant que l’évocation du Jour des morts chez lui comme chez beaucoup a pour effet de réveiller quelques fantômes.

Pris de remords, constatant de surcroît que le 2 novembre était, lui, le jour de la commémoration des fidèles défunts, si l’on en croit du moins l’encyclopédie collaborative Wikipédia (http://fr.wikipedia.org/wiki/Toussaint), le chroniqueur songea à réparer son oubli. Dès potron-minet, il se mit donc à la recherche d’un site ou d’un blog en liaison avec l’au-delà. Il n’eut pas à chercher bien longtemps : sur Twitter, Yacine Akhrib, bénévole à l’association Vivre son deuil, lui recommandait Comemo.org. Pour ceux qui, par éloignement le plus souvent, ne peuvent pas se rendre le 1er novembre sur la tombe de leurs chers disparus. Comme Yacine Akhrib, précisément, un des créateurs du site, monté à Marseille quand son défunt père était enterré en Algérie. Planter un arbre virtuel, créer un espace personnalisé avec photos et témoignages, le rendre public ou le garder secret. Plus encore, faire revivre un instant l’être aimé, se retrouver seul face à face avec lui – à moins que ce ne soit avec soi-même – prendre simplement le temps de lui parler, de l’écouter et de l’entendre (oui je t’ai entendu papa). Et tous les jours de l’année si l’on veut, car il n’y a pas de date butoir pour commémorer ceux que l’on a aimés.

(article publié dans Le Monde daté du 2 novembre 2012)

Olivier Zilbertin

Florian Gazan

L’un doit faire du parachute, l’autre de la plongée. Florian Gazan, lui, est bon pour une séance de wakeboard – sorte de ski nautique sur une unique planche de surf. Bien qu’une doublure soit prévue pour les cascades, le présentateur n’est pas plus rassuré que cela : « Je n’en ai fait que deux fois dans ma vie. » L’après-midi de ce début d’octobre, avec les autres présentateurs de France 4, il doit tourner les clips promotionnels de la chaîne. « Quelle est la température de la Seine à cette époque ? », interroge Florian Gazan. Petite servitude au revers d’un nouveau rôle pour le présentateur : depuis le 4 novembre il est aux manettes d’une nouvelle émission de la chaîne, « #Faut pas rater ça », consacrée à Internet et aux réseaux sociaux.

On est encore le matin de ce même jour d’octobre. On prend un café dans un petit bistro parisien au décor de super-héros de BD. Un peu décalé forcément. Sur Fun Radio depuis la rentrée 2011, comme sur Virgin auparavant, et NRJ encore plus loin dans le temps, Florian Gazan est devenu un habitué des petits matins blêmes et de la prise d’antenne avant l’heure des croissants. On se croit donc le matin, lui se voit déjà à la mi-journée. Des horaires qui ont vite fait de vous ruiner la vie sociale. Mais « coutumier du fait », à bientôt 45 ans, remarié, père de trois enfants, l’animateur assure avoir fini par s’habituer à ces horaires de direct qui vous font une vie en léger différé.

On se dit qu’on a un peu de temps devant soi. Mais Florian Gazan s’est déjà projeté quelques heures plus loin et le tournage sur la Seine. Comme pressé de passer au chapitre suivant, de tourner symboliquement la page. De ne pas trop regarder en tout cas dans le rétroviseur d’une année 2012 qu’il dit « agitée ». Pour le moins. A six mois d’écart, la mort a frappé deux fois à la sa porte : il a perdu son père, le réalisateur Jean-Pierre Spiero, et son « père en télé », Jean-Luc Delarue. Il voudrait éluder, poser juste sur ses sentiments le voile de quelques mots premiers, aller de l’avant, qu’il n’y parviendrait pas. L’actualité le rattrape par la manche. Ce matin-là, l’info répète en boucle la conversion à l’islam de Jean-Luc Delarue. Le portable sonne, journaux ou radios veulent connaître la vérité de la bouche de Florian Gazan. Refus poli mais ferme.

SE SERAIT BIEN VU EN SPIELBERG, « MAIS C’ÉTAIT DÉJÀ PRIS »

Les deux hommes ont travaillé ensemble une vingtaine d’années, d’Europe 1 à Réservoir Prod, en passant par Canal+, « La Grande Famille » et « Ça se discute ». Florian Gazan écrit des textes et fait à l’occasion un peu d’antenne comme sur Canal+ avec « Trois fois plus Net », une des premières émissions consacrées à Internet. Idéalement, il aurait préféré le cinéma, afin d‘ »échapper au syndrome « fils de » ». Il se serait bien vu en Spielberg « mais c’était déjà pris ». Recalé deux fois à l’Ecole nationale supérieure des métiers de l’image et du son (Fémis), après des études de cinéma à Censier, il a su « profiter des rencontres et saisir les opportunités ».

Elles se sont d’autant mieux présentées que Florian Gazan est un véritable enfant de la balle. Ancien assistant de Jean Renoir, Jean-Pierre Spiero a choisi la télévision que tant d’autres snobaient à l’époque. Il a réalisé quasiment toutes les émissions de Michel Drucker et tous les shows de Claude François, parrain du petit Florian. Lorsque nous regardons le film CloClo, de Florent Emilio Siri, le filleul du chanteur, lui, voit un film de souvenirs, de vacances et de week-ends au Moulin, la résidence de l’artiste.

Le 4 novembre, le très matinal animateur de radio a donc entamé une nouvelle aventure télé. Un concept original d’émission participative et contributive, fraîche et spontanée. L’actualité des réseaux commentée par des invités, des chroniqueurs, des blogueurs et autres adeptes de Twitter. Focus sur ce qui buzze sur les réseaux, sur ces informations qui explosent et se répandent comme des bombes à fragmentation.

Ce rendez-vous, quotidien et en direct, jongle entre écran télé et Web, avec une heure de programme diffusée sur France 4 à 18 h 45, et une autre dans la foulée sur le site de la chaîne. « Une sorte de « timeline » géante », explique ce touche-à-tout qui ponctue ses phrases de hashtag, comme sur Twitter. Il souhaite si possible qu’à sa mort sa page Wikipédia devienne un « grand foutoir », mais d’ici là il aimerait bien commenter Roland-Garros, lui qui a déjà écrit les paroles de l’hymne du PSG ou composé des chansons pour Christophe Maé ou Clara Morgane. Et qu’importe si, du coup, sa carrière paraît « un peu décousue »« pas très lisible ». Il se dit guidé par autre chose : l’amusement et le plaisir. Avec « Faut pas rater ça », cela ne devrait pas manquer.

Faut pas rater ça, sur France 4.

Olivier Zilbertin

ANIMATEUR & HUMORISTE

14 JANVIER 1968 NAISSANCE

1989 ANIMATEUR ET RESPONSABLE DE LA PROGRAMMATION MUSICALE DE KWFM, UNE RADIO LOCALE ROCK

1992 PRÉSENTE UNE RUBRIQUE DANS « LES GOÛTERS », ANIMÉE PAR JEAN-LUC DELARUE, SUR EUROPE 1

1994 ARRIVE SUR FUN RADIO

2003 ANIME LE « 6/9 » SUR NRJ

2010 ENTRE À VIRGIN RADIO

NOVEMBRE 2012 PRÉSENTE « #FAUT PAS RATER ÇA ! » SUR FRANCE 4

 

(Article publié dans Le Monde daté du 11 et 12 novembre 2012)